14/01/2013

Indian translation n°3


Reprenons donc le fil de l'histoire...
Après avoir quitté le nord de l'Inde, je suis finalement arrivée dans le sud, par avion, faute d'avoir pu trouver un billet de train. Je suis restée deux jours à Kochi pour enfin rejoindre la sauvage et minuscule station balnéaire de Varkala. C'est donc à ce moment de l'histoire que je vous avais laissé, pour aller vivre une expérience singulière, entre yoga et méditation, au sein de l'Ashram Sivananda. Pour l'heure, Je vous écris des backwaters du Kerala où je vais passer trois jours.
Mais, revenons sur ces deux dernières semaines...


Swami Shivananda Saraswati et et Swami Vishnudevananda
Sivananda 
Découvrir le Yoga en le pratiquant et approcher l’ayurvédique (médecine préventive indienne) faisaient partie de mes envies. Voilà donc pourquoi j'avais décidé de passer deux semaines dans cet ashram reconnu pour ses cours de Yoga : l'Ashram Sivananda. On m'avait prévenu que ce lieu était assez rigide, je décidais d'en accepter les règles, après tout, un peu de discipline ne me ferait pas de mal. Quoique ?!
Au commencement, je savais que le yoga était en Inde bien plus que ce que l'on en connait en France, mais en quoi était-il différent ? J'allais le découvrir. 

Le yoga dans son acception la plus large est une pratique spirituelle, plus encore, un mode de vie. Ici, j'ai appris qu'il se compose de plusieurs pratiques : les exercices physiques, les exercices de respiration, la relaxation, le végétarisme et la méditation, (et il y a aussi la dévotion bien sûr). Je crois que cette approche globale vaut pour tous les yogas, car en effet, il en existe plusieurs sortes. Durant près de deux semaines, j'ai donc pratiqué le Yoga Sivananda, un style traditionnel de yoga composé de douze postures principales, de méditation, de respiration (pranayama) et de chants de mantras. Ce yoga fait partie de ce que l'on appelle le hatha yoga, un yoga relativement doux avec une relaxation finale (c'est le yoga que nous connaissons en France). 

Très concrètement, nos journées commençaient à 6h00 du matin par un satsang, un temps consacré à la méditation et aux chants de mantras (dans l'hindouisme et le boudhisme, un mantra est une formule condensée formée d'une ou d'une série de syllabes répétées de nombreuses fois suivant un certain rythme). Nous prenions ensuite un thé à 7h30 avant de rejoindre notre cours de yoga pour pratiquer assanas et pranayama durant deux heures. À 10h00, c'était l'heure du brunch.
13h30, nouveau thé sous les arbres, le plus souvent accompagné d'une petite douceur sucrée (fruit, fruit sec, gâteaux). 14h00 : théorie, 16h00 : yoga, 18h00 : diner, 20h00 : satsang de fin de journée, 22h30 : extinction des feux. 
Voilà pour les données "techniques" ! 

Rentrons maintenant dans le vif du sujet. Pour être honnête, je n'ai pas du tout apprécié le "tout discipline" de ce lieu, sans doute parce que je l'ai ressenti comme une autorité arbitraire et non comme un accompagnement vers une ascèse salvatrice menant à l'harmonie de mon être. Cahin-caha, j'ai malgré tout réussi à me composer un séjour me réservant des temps pour moi, où je réussissais à m'échapper du programme imposé. Cependant, lorsqu'un jour en quittant le satsang du soir avant la fin, je me suis retrouvée face à une "pionne/gardienne" prenant le nom des personnes qui "s'échappaient", mon opinion s'est définitivement scellée, je n'adhérais pas à ce lieu.
Ne vous méprenez pas, je suis très heureuse d'avoir vécue cette expérience, car j'en garde des souvenirs, pratiques et rencontres mémorables.
Il y a d'abord eu ces retrouvailles avec le fameux mantra découvert à Vrindavan :


Hare Krishna, Hare Krishna, Krishna Krishna, Hare Hare,
Hare Rama, Hare Rama, Rama Rama, Hare Hare


Regardez cette image, et imaginez toutes ces personnes avançant une à une mais toutes ensemble, en ligne, jusqu'à l'assiette qui sera la leur, avant de s'asseoir en tailleur sur la natte prévue à cet effet. Lorsque toutes les personnes seront entrées, lorsque la prière sera faite, le mantra chanter par les karma-yogis cessera, le silence s'imposera, et tous nous mangerons sans couvert et de la main droite notre généreux repas.
C'était donc le même rituel que matin et soir nous vivions au moment des repas. Je l'ai apprécié, et drôlement même. La nourriture et le plaisir de la partager ne sont pas un dû, alors MERCI.


Nos repas à l'ashram © Jessica Kirkpatrick


Et puis bien sûr, les cours de Yoga étaient géniaux (je parle donc ici des exercices physiques). Ils démarraient toujours par les exercices de respiration (c'est apparemment la spécialité de Sivananda, car d'ordinaire, ils se font plutôt après les assanas). Nous continuions avec les assanas pour terminer par la relaxation.

Il est assez aisé d’accroitre sa souplesse en pratiquant régulièrement ces assanas. En fait, pour faire simple : le but est de réaliser les différentes postures, et de les tenir un temps approprié, afin qu'elles apportent les bienfaits escomptés : massage des organes internes, circulation sanguine, amélioration de la vision, etc.
Vous auriez dû voir nos têtes à la sortie de ces cours, comme si on sortait d'une bonne nuit de sommeil. Incroyable !!!! Voici Dominique, détendu, heureux...



Dominique...bien accroché à son tapis de Yoga

Trêve de plaisanteries, le yoga m'a fait un bien fou : je souhaite qu'il s'enracine dans ma vie. Les changements les plus remarquables s'opèrent dans l'instant grâce à la relaxation et l'effort physique, et ceux qui s'inscrivent dans la durée, sont plutôt les bénéfices de la respiration : j'ai l’impression que je ne chante plus faux (d'accord la mise à l'épreuve est nécessaire) !

À l'ashram, j'étais logé dans un dortoir : chacun son lit, chacun sa moustiquaire. J'y ai très bien dormi, et les réveils de 5h30 m'ont semblé si "normaux". Et puis surtout, j'y ai fait de très jolies rencontres.

J'ai beaucoup rit avec Dominique et Claire, deux amoureux rebelles, j'ai été touchée par Agnès, ma voisine de lit allemande, et puis il y a aussi eu ces iraniennes, cet américain, ces israéliennes, ce brésilien, and the last but not the least, Vicky et Jessica, deux australiennes mère et fille, avec qui je continue actuellement mon périple, et puis Virginie, qui m'est apparu si familière à l'instant même où mon regard s'est posé sur elle. Elle avait commencé son voyage avec son amoureux et son fils, avant de faire cette retraite à l'ashram. Nous nous reverrons en France c'est sûr !



Une journée dans l'Ambassador...

... avec Virginie...

J'ai très peu photographié l'ashram, sans doute car mon cœur n'y était pas. Mais voici deux images que j'aime : de la culture hindouiste en barre ! 
Pour finir, sachez que mon niveau d'anglais m'a drôlement limité au sein de l'ashram, tant du point de vue des acquis théoriques que d'un point de vue plus social ! Ma décision est donc prise, j'irai passer le mois de juin en Angleterre ou en Irlande, et j'y intégrerai un cours de langue intensif !



Iconographie hindouiste











Mouvance
J'ai quitté Trivandrum ce matin, où j'ai passé une nuit, après avoir quitté l'ashram Sivananda. Je suis en slepper class, dans le train numéro 6476 en direction d'Allepey. Je suis dans un compartiment pour dames. Non pas qu'il leur/nous ai été réservé à l'avance, non, mais de fait en Inde, les femmes se rassemblent. Dans les trains, dans les temples, dans les églises, dans les rickshaws, à l'unisson, elles convergent et habitent ces espaces éphémères, qui tour à tour intéressent ou indiffèrent les groupes d'hommes alentour. Une grande complicité semble par ailleurs les/nous lier ; femmes-enfant, femmes-mère. Il est vrai que le rapprochement des sexes se fait naturellement dans toutes les sociétés, c'est une affaire de sensibilité, de partage, et sans doute de choses qui nous dépassent, et nombre d'anthropologues et sociologues ont dû étudier la question. Mais dans la société indienne, ce rapprochement prend une tournure particulière car il semble être excluant envers la gente masculine. Hormis de rares étudiants et étudiantes que j'ai croisé dans le métro de Delhi, hommes et femmes ne semblent pas se mélanger, du moins pas avant le mariage. 

Dans le train, entre Varkala et Trivandrum, avant d'arriver à l'ashram

Dans mon compartiment, les langues se délient. Je suis avec Vicky et Jessica, elles sont mère et fille, elles viennent d'Australie. Nous nous sommes rencontrées à l'Ashram et avons décidé de passer quelques jours ensemble dans les backwaters du Kerala. On nous demande donc d'où on vient, quels sont nos prénoms, combien de temps nous voyageons en Inde. La question récurrente de notre situation amoureuse n'est pas encore tombée, pour cause, se sont le plus souvent les hommes qui la posent. Dans cet espace ouvert sur le couloir, il fait chaud mais c'est supportable, car les fenêtres sont ouvertes, et puis les ventilateurs fonctionnent aujourd'hui.
Ici, on voit la vie en bleu : bleu vinyle, bleu formica, bleu métal, bleu linoléum, puis tout à coup, dans les compartiments pour dames, c'est un feu d'artifice de couleurs : rose robe, orange foulard, rouge collant, vert sac, bleu chaussure, violet ongles.
Et ces regards....


Vicky et Jessica, dans la taxi Ambassador, entre l'ashram et Trivandrum



A propos du mariage, une conversation singulière avec l'homme à la moto de Kochi m'en a appris de bonnes. Comme vous le savez probablement, la majorité de mariages indiens sont « arrangés », et ce qui est le plus déterminant dans le fait de marier Monsieur à Madame, c'est ce qu'en dira l’astrologue. En effet, à partir des noms, dates et lieux de naissances des deux parties, il validera ou non la compatibilité des jeunes époux. Bon, en fait, ça je le savais déjà. Ce que j'ai appris plus récemment, c'est que les mariages d'amour, qui existent malgré tout, tout en étant largement minoritaires, s'avèrent statistiquement malheureux. Alors que les mariages d'amour se finissent le plus souvent par un divorce, les mariages arrangés semblent avoir de beaux jours devant eux. Pour ma part, je vois surtout d'un côté l'essai libertaire, sans doute difficile à tenir dans une société aussi traditionnelle, et de l'autre, la reproduction nonchalante des coutumes à l’œuvre dans les générations précédentes.



C'est je crois à ce moment précis de mon récit, que je dois vous raconter une chose pas commune qui m'est arrivée lorsque j'étais encore à Vrindavan. 

Vous vous souvenez peut-être d'Arabindoshastri, (Sashtri pour les intimes), l'un des brahmanes en charge de l'Ashram Sitaram où je logeais avec Isabelle. Shastri, malgré sa personnalité extravertie, est un homme des plus sérieux et des plus rigoureux lorsque l'on touche à la religion. Ses savoirs semblent être grands en la matière et l'astrologie védique l'une de ses spécialités. Ne me demandez pas de vous expliquer la différence entre l'astrologie telle que nous la connaissons en France (ou pas) et celle-ci, je serais bien mal en peine de vous répondre. Tout ce que je peux vous dire c'est que j'ai vécu une expérience incroyable, aidée à la traduction par Isabelle qui après deux mois passés à Sitaram maîtrisait bien l'anglindienshastrien.

Arabindoshastri
À partir de mon nom, de mes date, heure et lieu de naissance, Shastri a obtenu un document totalement incompréhensible pour moi, nommé Kundali. De ce document, il a tiré les informations qui lui ont permis de me raconter mon passé, de me parler de mon avenir et de répondre aux quelques questions que je lui ai posées pour finir.
Tout ce que m'a dit ce grand astrologue était précis et juste : de mes problèmes de digestion à ma mère qui parle beaucoup (quand mon père semble plus silencieux), d'un contrat de travail éprouvant s’étalant de décembre 2011 à juin 2012, à la fin d'une mission qui en se terminant le 10 avril 2013 me permettra de retrouver mon énergie, et puis il y a aussi eu le nombre d'hommes que j'ai aimé...
Pour le futur, il a vu ce que je mets en place actuellement dans ma vie, ce que moi même je pressens. Je garderai pour moi ce qui relève de mon intimité, mais je dois vous avouer que j'aime assez l'idée d'avoir des articles dans la presse me concernant, rapport à une exposition photo, en juillet 2014 ! Devrais-je donc envoyer mon travail à tous les festivals se déroulant en juillet ? Mais que faire ??? Dis moi Shastri !




Trêve de plaisanteries et sujet clos.
Alors : envieux ou circonspects ?


Tourisme
Ces quelques jours que je passe avec Jessica, Vicky, et l'homme de la famille qui nous a rejoint, sont doux, agréables. Il y a d'abord eu cette invitation à passer une journée avec eux dans ce luxueux "resort" avec ouvreurs de portières, transporteurs de bagages et serveurs dévoués. Bon tout ça, c'était très agréable, mais croyez moi ou non, le vrai luxe s'est simplement avéré être un matelas douillet, une couette enveloppante et l'air conditionné !

L'anachronisme du luxueux resort d'Allepey, sur l'invitation de ma famille adoptive australienne



Nous sommes actuellement sur une petite île des backwaters du Kerala, dans une maison d'hôte simple mais confortable. J'y ai pris un cours de cuisine keralaise et découvert tous les usages de la noix de coco qui foisonnent dans cette région.
Nous reprendrons la route demain pour Munnar, une ville célèbre pour ses plantations de thé, dans les Ghats Occidentaux (une chaine de montagnes).


Je vous laisse pour l'heure,
 dans vos pensées avec Virginie.


READ YOU SOON

























30/12/2012

PHOTOS DE VACANCES

Pourquoi "Photos de vacances" me direz-vous ?
Ça se remarque vite, non ?
Des photos séduisantes, qui se racontent toute en transparence, et qui vous disent "Viens !"
J'aurais pu les garder pour moi, mais après tout, si elles peuvent vous ravir les mirettes, c'est mieux. Et pour ma part, jamais je n'aurais imaginé me retrouver dans un endroit comme-ça un jour.
Prenons les choses comme elles viennent -)



J'en profite donc pour vous préciser, à vous mes souscripteurs, et aux curieux qui me suivent, que les photographies que j'exposerai les 18 et 19 mai seront inédites.
Et oui, quelque-chose se construit au fil des jours.
Je le réserve.
Des questions se posent.
Des images esquiveront des réponses...
À suivre..


Mon arrivée en Inde du sud contraste avec l'Uttar Pradesh.
Oh que oui !
On me disait l'Inde du Nord plus authentique. Si l'authenticité c'est la pauvreté et l’analphabétisme, alors oui, l'Inde du Nord est plus authentique.
Elle est sans doute celle que l'on recherche, pour son hospitalité, pour sa simplicité, pour son anarchisme, pour sa symphonie aux klaxons. Oui, l'Inde du Nord est dure, sale, bruyante.
Mais, c'est sans aucun doute celle que je suis venue rencontrer.
Je vais m'en rappocher et en tout cas, m'éloigner des villes et autres lieux séduisants.
Ce détour à Varkala était choisi. Une pause c'est bien aussi.

Gardez-vous cependant de prendre ces mots pour des généralités. L'Inde est immense et je viens à peine de la rencontrer.
Ces mots valent pour ce qu'ils sont : mes ressentis, mes observations, mon expérience.


Dans le ferry-boat entre Ernakulam et Fort-Cochin, deux des quartiers de Kochi, séparés par la mer.

Me voilà donc dans le Kérala. Un petit état communiste où le taux d'alphabétisation avoisine les 100% (quand ailleurs il peine à atteindre les 65%).
J'ai passé deux jours à Kochi/Cochin. Hôtel quelconque trouvé à mon arrivée. Déception à Fort Cochin, qui porte mal son nom, et ne s'avère qu'un quartier touristique désuet et enivrant (pour touristes consentant), belle découverte du quartier de Mattancherry, où seuls résident des indiens. Les chrétiens y sont en majorité, les églises aussi.


 
J'ai eu l'occasion de discuter avec deux femmes, d'à peu près mon âge. Des beaux moments durant lesquels mon anglais ne m'a pas fait faux-bond. Et un moment génial de près d'une heure à l'arrière d'une moto, sans casque bien sûr (désolée maman). Bye bye Kochi.





Grand, très grand moment de bien-être dans le train qui m'a déposé à Varkala, petite cité balnéaire, que je vous raconterai simplement au travers les images qui suivent.


I LOVE INDIAN TRAIN


Être dans l'instant présent.
Pas si facile...

- Pécheurs -




Petit-déjeuner face à la mer

Varkala, sa corniche, ses boutiques
Mon humble demeure...


Demain, je reprends le train pour Trivandrum et espère arriver à mon ashram en début d'après-midi. Au programme des 15 prochains jours : Yoga et Méditation.


OM NAMAH SHIVAYA







29/12/2012

Pour vous repérer

Pour que vous puissiez me suivre dans ce grand pays :
un peu de géographie !
Petit rappel : l'Inde c'est plus de 3200 km du nord au sud, et plus de 2800 km d'est en ouest.
Vous comprendrez donc pourquoi, en quittant la région de Delhi, l'Uttar Pradesh ou UP, j'ai aussi quitté l'hiver, mais que surtout, en arrivant à Kochi, au sud ouest, c'est l'été qui m'est tombée dessus. Enfin, la canicule plutôt !
Bon, comme une débutante, question fringues, j'étais un peu à côté de la plaque. Eh oui, mes vêtements s'avèrent ici trop chauds ou trop froids ! (Pas une si bonne idée le sac de 40 litres !).
Enfin, pour l'heure, à Varkala (entre Kochi et Trivandrum), le contexte balnéaire et la plage sont un bon compromis.
A suivre !



24/12/2012

Indian Translation #2

Vrindavan est une ville où la ferveur religieuse est toute particulière, elle est l'équivalent de la Mecque pour celles et ceux qui ont fait de Krishna leur dieu suprême. Ici, on croit. Ici, on pratique. Comme partout en Inde me direz vous ! Oui, sauf qu'à Vrindavan le pourcentage des pratiquants est très élevé. En effet, nombreux sont les Hindous et étrangers convertis, à venir s’installer à Vrindavan pour y finir leurs jours. Mourir ici rajoute des points. L'Inde moderne que je sais existante n'a pas droit de citer, ses rares apparitions se font au travers les télévisions présentes dans les foyers ou autres agences de voyages. Vrindavan n'est pas répertoriée comme une des sept villes saintes de l'Inde, mais Mathura, à quelques kilomètres d'ici l'est, c'est dans cette moyenne ville que Krishna serait né. À Vrindavan, il aurait passé son enfance...

 
Krishna et son éternelle servante Rhada Rani



Les 5000 temples de Vrindavan érigent donc Krishna en dieu suprême. Ces temples sont étonnamment très différents : du plus ancien, bâti il y a 500 ans en haut d'une petite colline, aux cônes ocres majestueux, aux minis temples joyeux et désuets, d'un mètre carré pas plus, construits tout récemment. Il est bon pour le salut des dévots de faire le tour de ces temples. Cela fait partie de ce que l'on appelle les sevas, des services que les croyants rendent à Krishna, et qui participent de la dévotion au Dieu. À Vrindavan, comme ailleurs j'imagine, on pratique le parikrama. Cela consiste à faire le tour d'une ville, à pied, et de préférence pieds nus. Cela permet donc d'un seul coup, de faire le tour de tous les temples de la ville, le service rendu est donc immensément plus grand ! La coutume veut bien sûr que le dévot bénissent au départ et à l'arrivée ce chemin hautement spirituel.
Pour ma part, je l'ai fait plusieurs fois. C'est bien agréable de faire ses 10 kilomètres à pied, on visite des temples, on fait des rencontres, et les photos sont aussi les bienvenues ! Pour varier les plaisirs, les ambiances et les lumières, j'ai testé plusieurs moments de la journée, il m'en reste encore... Bon, par contre, le faire les pieds nus, une fois m'aura suffit, car ça m'a valu une ampoule au pied droit, qui pour le coup, me prive de parikrame pour deux ou trois jours. Rien de religieux dans ma démarche, c'est comme cette envie qui me tiraille de faire un bout du chemin de Compostelle, juste du bon sens : marcher, ça fait du bien, au corps et à l'esprit !


 
A propos d'esprit, je ne vous ai pas encore parlé des milliers de singes qui assiègent la cité. Eux aussi ont sans doute un attachement singulier à Krishna, car ici plus qu'ailleurs, ils règnent ! On te prévient d'emblée, ne porte pas de lunettes, ne laisse pas visible de la nourriture, ne laisse rien trainer, ferme la porte. Ils sont sacrément malins ces singes, car même lorsque leur butin ne se mange pas, il le troque au mieux offrant, et obtiennent ainsi bananes et autres succulents mets qui les satisferont à coup sûr. Pour ma part, j'ai survécu à une double attaque de singes, qui d'après les personnes qui m'entouraient à ce moment là, auraient confondu mon appareil photo (que je cachais) avec un éventuel régime de bananes. La leçon du jour fût donc : ton appareil tu ne cacheras point !


 
 Ce matin, j'ai assisté à une cérémonie. C'est la deuxième à laquelle je participe. La première était sur les rives de la Yamouna, l'un des quelques fleuves sacrés de l'Inde, alors que je venais à peine d'arriver. Entourée d'hindous, je vivais un moment intense de la cité qui rendait grâce à Krishna au travers les chants, prières et offrandes qui jalonnent systématiquement ce type de célébration. Aujourd'hui, c'était bien différent. J'étais entourée de quelques dizaines de dévots initiés à la Conscience de Krishna, ceux que l'on appelle aussi chez nous les Hare Krishna, du fait du mantra chanter par ses adeptes.

Pour la petite histoire...
Dans les années 70, un maître spirituel hindou nommé Prabhupade part diffuser sa vision du monde à l'étranger. Il va vivre quelques années aux États-Unis où son discours va séduire la jeunesse pacifiste de la contre-culture, qui rejette en masse la société contemporaine et les choix politiques de la nation. Ainsi, en peu de temps, le maître spirituel va rassembler de nombreux disciples aux Etats-Unis d'abord, puis en URSS. A l'heure actuelle, ces deux nations, ou du moins ce qu'il en reste, sont aujourd'hui largement majoritaires dans le mouvement. Si de nos jours, les adeptes de l'ancien bloc de l'est peuvent pratiquer leur foi presque librement, cela n'en a pas toujours été ainsi. En effet, nombreux sont les disciples qui ont été emprisonnés et torturés. En France, le mouvement ISKON, pour International Society for Krishna Consciousness, a été un temps considéré comme une secte.


Mais revenons pour l'heure à cette cérémonie...
Ce matin, une nouvelle dévote a été initiée à la Conscience de Krishna. La célébration a commencé par un long discours, en anglais, du maître spirituel Gurudev. Je n'ai pas tout suivi, photographies, anglais et dispersion obligent, mais un moment m'a bien fait rire en tout cas. Gurudev s'est mis à parler de la France et à rapporter cette expression d'abord en Français (et c'était incongru car nous étions deux à pouvoir comprendre), « Ni dieu ni maître », pour dire je crois, que cela était incompréhensible pour lui. J'entends bien son incompréhension, car de l'autre côté du miroir, je suis cette française agnostique indépendante qui pourrait prononcer ces mots.

A la suite du discours, la jeune dévote de 16 ans s'est engagée face à son maître à respecter les principes du mouvement que sont : ne consommer ni viande, ni œuf, n'avoir aucun rapport sexuel illicite (hors mariage ou juste pour le plaisir), ne faire usage d'aucune substance enivrante ou excitante (drogue, alcool, café, thé), ne s'adonner ni aux jeux de hasard ni à quelque spéculation que ce soit. 

 
Enfin, la jagya a commencé, un moment assez fascinant je dois l'admettre, composé de mantra et rituels autour d'un feu situé entre le maître et sa jeune dévote. La matinée s'est conclue par un kirtam (chants et musiques religieux) durant lesquels tous les dévots ont mangé le prasada, des aliments « consacrés », ici, c'était des fruits. Ah oui, car je ne vous ai pas dit que tous les aliments que mangent les dévots doivent d'abord être offerts à Krishna, et, l'aliment quel-qu’il soit (mais ni viande, poisson, œufs, etc.) devient alors du prasada.

Prasada lors d'une puja au Radha Kund

La cérémonie finie, j'ai quitté la maison de Gurudev, qui lui même la quittera le soir même pour s'envoler vers l'Afrique du Sud, après s'être posé quelques jours à Vrindavan.
Il semble que la vie de Guru ne soit pas de tout repos !

Gurudev

L'hiver s'est installée pour deux mois dans l'Uttar Pradesh. Il y fait froid ! Je ne suis donc pas mécontente de m'envoler vers le Kérala dans quatre jours ; quoique m'envoler ne soit qu'une expression, car c'est par les voies terrestres que je rallierai le sud de l'Inde. Pour ceux qui cerne même superficiellement la géographie indienne, vous aurez compris que du sud au nord, il y en a de la route. Cela va effectivement me prendre cinquante heures, via le Kerala Express. Moi qui avait hâte de vivre une telle expérience, je n'y vais pas de main morte ! Je voyagerai dans la catégorie 2AC, classe 2 avec air conditionnée, quatre couchettes par compartiment.

Dans le train entre Delhi et Mathura

D'ici là m'attendent sûrement encore un ou deux parikramas, des visites de temples, une excursion à l'extérieur, et des moments de rien nécessaires à l'esprit pour demeurer plus encore dans l'instant présent.




Jaya Radha Madav !

19/12/2012

Indian Translation #1




Prendre ses marques
Me voilà donc en Inde depuis quelques jours. J'y suis ? Et oui ! Et tout ce qui m'entoure me le rappelle : le chant des klaxons, les odeurs, tantôt agréables, tantôt moins, les couleurs évidemment, et cela ne vous étonnera pas, l'apparente anarchie de l'organisation générale. Pas d'autre choix ici que de prendre le rythme et de s'adapter : se faire l'ombre d'un piéton pour traverser sans encombre une route de la capitale, presser le pas dans les files d'attente pour ne pas se faire doubler, sur les routes, serrer à gauche ou à droite, mais dans tous cas : SERRER !
Je me fais tour à tour femme invisible ou centre d'attention principal, je slalome dans une Inde immense et contrastée.

Bienvenue dans l'aventure !


Revenons donc au commencement...
Parce que, je dois quand même vous dire, que j'ai bien failli ne pas partir ! 11H26, mardi 11 décembre, la Lufthansa me laisse un message « Madame, nous sommes désolés, mais votre vol Marseille/Munich est annulé. Merci de contacter votre agence de voyage ». Par chance, ou pas, comme il n'y a pas de réseau à Mayne, je n'aurais pas le message à temps. Me voilà donc partie, en direction de Marignane. Et de nouveau : « Madame Praud ?  Oui, c'est moi. Où êtes-vous en ce moment ? Je m'apprête à prendre mon train pour l'aéroport. Pourquoi ? Vous n'avez pas eu notre message ? Votre vol a été annulé. Vous plaisantez !?... ».
Après cette petite introduction, voici un résumé de l'épisode : des intempéries perturbaient le trafic aérien bavarois depuis une semaine. De nombreux vols avaient déjà été retardés, d'autres tout simplement annulés, et, c'est ce qui m'est arrivé ce mardi 11 décembre. Par chance, l'avion précédent n'avait pas été annulé, mieux, son retard de trois heures a fait de moi une voyageuse sur le départ heureuse, car je quittais la France deux heures plutôt que prévu, pour ainsi profiter d'une attente un peu plus « exotique », face au tarmac enneigé de l'aéroport de Munich. Et voilà, fin de l'histoire d'un départ !


L'Inde vue du train

(Sur)Vivre à Delhi
Après avoir passé deux jours à Delhi, j'ai bougé ! C'est inévitable je suppose, car cette capitale, probablement plus qu'une autre, vous absorbe, vous déstabilise et vous bouscule. Je dois dire que je m'en suis très bien sortie, pas de problème, une compréhension rapide des règles/non règles à l’œuvre, une bonne préparation pour être vive face à ce que l'on nomme dans les guides ou les forums : les arnaques. Pour tout vous dire, elles sont vraiment rares. De mon côté, le fait que l'on essaie de me faire payer plus les choses de la vie courante, comme une course en rickshaw par exemple, ne me choque pas, bien que, pour le coup, il faut savoir négocier, connaître les vrais prix et avoir un sacré aplomb pour obtenir un prix juste !

Caleçon rouge sur ciel bleu à Majnu Ka Tila

Quitter Delhi donc, où j'ai logé au sein de la colonie Tibétaine Majnu Ta Kila, pour sa tranquillité. Quitter Delhi bien sûr, mais s'organiser pour cela. Se rendre à la New Delhi Railway Station, trouver dans cet espace labyrinthique le bureau des touristes, et faire la queue. Pas de ticket avec un numéro ici, tu t'assois au bout de la queue (si tu le trouve), et tu te décales à chaque fois que quelqu'un part. C'est vraiment drôle. J'avais à mes côtés un couple d'allemands très sympathiques, on s'est bien amusé, et en fin de compte, après ce jeu des chaises musicales, tu finis par repartir satisfaite, avec ton billet de train pour le lendemain.
Cette première expérience de train était so « Indian Style » ! J'ai partagé mon wagon avec une famille très élargie : enfants, mamans, cousin(e)s, grand-mère, oncle et tante. Je vous l'accorde, ils n'étaient pas tous présents au même moment dans le wagon, quoi que ?! C'était chouette, j'ai eu un bel échange avec la plus grande des filles, elle devait avoir dans les douze ans. Mature et ouverte, elle veut devenir médecin. Elle trouve que sa maman est un peu stricte, cette dernière semble être plus jeune que moi. Plusieurs rencontres me le confirment, les femmes sont bien souvent maman très jeunes.
Les trois heures de train ont filé comme le vent, et sans doute plus vite que le train lui même. J'ai évidemment été invité à partager le repas avec toute la famille. Délicieux !
Bienvenue en Inde !


Shivani / Shyamakanti - Jolie indienne dansante (pour toi Sophie !)





Le jeune conducteur de rickshaw


Être prête ou pas ?
Namaste / Hare Krishna ?
Rickshaw / Auto-rickshaw ?
Jean / Sari ?
J'aime / J'aime pas ?
Partir / Rester ?
Tchaï / Nothing ?
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Sur les rives de la Yamouna à Vrindavan



Se poser 

Bon, c'est officiel : j'y suis ! Je me sens bien, des moments de plénitudes m'envahissent, je suis bien entourée. Je finis les journées fatiguées et parfois dans le doute. Et puis, une bonne nuit de sommeil et c'est reparti ! J'ai décidé de me poser un temps à Vrindavan, sur l'invitation de l'amie d'une amie : elle se nomme Isabelle ou bien Mangala-Vati...


Isabelle / Mangala-Vati en pleine négociation de rickshaw
Il paraît que l'on ne vient pas par hasard à Vrindavan. Je veux bien le croire... Il règne ici une ambiance toute particulière. Tout tourne autour de la vie spirituelle des habitants et des pèlerins de passage. Il est dit que Krishna a vécu à Vrindavan lorsqu'il était enfant. Vrindavan est l'équivalent de la Mecque pour les dévots de Krishna. Je vous laisse imaginer...


La rivière Yamouna longe la ville de Vrindavan





Pour ma part, c'est adulte que je me retrouve ici, et bien curieuse d'observer cette ferveur religieuse si singulière. C'est quand même assez étrange pour moi, car je ne dois pas me tromper de beaucoup en disant que sur des milliers de personnes ici, je suis la seule non-initiée à Krishna. Anyway, c'est tellement improbable que je me fonds dans la masse, et puis, j'observe, je respecte, je découvre.






Avec Mataji, dans l'ashram où je réside

J'ai décidé de rester une dizaine de jours à Vrindavan, avec l'intention de passer du temps avec celles que l'on nomme les Matajis - Chères Mères - car, qu'elles le soient ou non maintenant, chaque femme, ici, le serra un jour, Mère.

Les choses ne se passent jamais comme prévu à Vrindavan. Et ça a commencé dès le départ pour moi, car je n'ai finalement pas eu de place dans l'ashram qu'Isabelle m'avait réservé. BONNE CHOSE, car finalement, nous partageons sa chambre, et même si c'est effectivement très sommaire, la vie de l'ashram le vaut bien. Il y a donc cette mataji là, une mère pour moi, et qui le veut bien je suppose, il y a aussi Arabindoshasdri, l'assistant prédicateur du prête (il est drôle!), le prête et le plus jeune assistant. Il y a donc de la vie, des rires, des offrandes et des repas offerts à volonté. Oui, c'est incroyable : j'évite de me faire de vrais repas ici, car il y a toujours quelqu'un pour t'offrir à manger, et c'est impossible de refuser ! Dania Vat !



De l'Inde en veux-tu en voilà !


Homme, Auto-rickshaws et mur en brique


Rickshaw, femme et chauffeur


Cérémonie de la Yamouna
























Chez Mataji : son autel dédié à Krishna


RADHEY RADHEY


Isabelle / Mangala-Vati le sourire en l'air


L'un des 5000 temples de Vindravan



Pour s'assoir dans le temple : les tapis


La boite à donations


Ne pas déroger et laisser ses chaussures à l'extérieur



Instant de vie dans un temple



Prendre la mesure

Vous savez quoi, je suis extrêmement chanceuse. A peine arrivée, j'ai eu accès à un ensemble de ressources, savoirs, récits, qui d'emblée m'ont permis de pouvoir comprendre ce que je vois. Restons modeste tout de même, car au regard du volume d'informations qu'on me transmet, et sachant que parfois c'est en anglais, comme on dit par chez moi, « ça rentre par une oreille et ça sort par l'autre » ! Je ne vais donc pas devenir du jour au lendemain une spécialiste de la foi religieuse hindouiste, cependant, cette initiation profane me permet tout au moins de rentrer de manière très privilégiée en contact avec l'Inde.
 
 
HARE KRISHNA !




Une guirlande d'anniversaire et un mur bleu = Joyeux anniversaire YANN !!!


Et pour finir...des matajis !


Matajis à Radakul



Belle journée par chez vous !