9h00 ce matin. Un brouhaha me réveille. Bon, ok, c’est l’heure de se lever de toute façon. Très vite je me souviens de ce qu’Anne-Laure m’a écrit hier à propos du blocus et des comportements des jeunes autour du lycée Clemenceau. Je réalise donc très vite qu’il se passe la même chose au pied de mon immeuble : le collège Victor Hugo se soulève !
Chemise et pull de la veille, jogging basket, bonnet, écharpe, un coup d’eau sur la figure, un coup d’œil par la fenêtre de la cage d’escalier et me voilà dans la rue.
« Madame, vous êtes journaliste ? », je leur réponds que non, je leur explique que j’habite là. Le moment que je passe avec eux est plutôt propice aux questions/réponses. Je leur demande ce qu’il se passe, qui ils sont, pourquoi ils font grève. Ils n’y a que des 4ème et des 3ème car les plus jeunes sont à l’intérieur. Les élèves à l’extérieur font un blocus, ils font grève pour la retraite à 60 ans, voir même pour la retraite à 14 ans ! En aparté j’en questionne un certain nombre. Ils m’avouent tous gênés qu’ils font ça pour sécher les cours. Certains posent devant les poubelles qui ont été incendiées par des casseurs durant la nuit, vers 4h00 du matin apparemment. Les élèves iront jusqu’à bousculer les voitures qui passent dans la rue de Bel-Air, lorsque les conducteurs refusent de klaxonner pour manifester un soutien à leur cause.


J’avance plus au loin dans la rue et je fais la connaissance de Maria, qui m’interpelle d’abord pour être sûr que je ne l’ai pas prise en photo. Je luis dis que non, et c’est vrai je crois. Et nous nous retrouvons avec cinq collégiennes de 3ème qui elles subissent le blocus. Ce sont des bonnes élèves, elles ne se reconnaissent pas dans ce blocus.Maria s’adresse à elles au travers un discours presque moralisateur, mais en fait non. Je questionne les élèves pour qu’un véritable échange ai lieu entre le groupe de jeunes filles, Maria, une femme d’origine portugaise de 71 ans et moi-même. Je les questionne sur leur vision de la société actuelle, sujet abordé par Maria. Les filles dénoncent l’individualisme, elles comparent avec leurs grandes sœurs, évoquent le diktat de la mode qu’elles subissent de plein fouet dans leur collège. Elles nous disent aussi que si elles ne sont pas allées en cours, c’est pour ne pas souffrir des remontrances de leurs camarades demain. Je remarque les passants qui s’étonnent en observant ce regroupement atypique que nous formons, les filles, Maria et moi.
Nos chemins se séparent d’avec les filles. Je marche un peu avec Maria. Quelque-chose se passe entre nous. On discute, on débat, on partage nos visions. Il y a quelques jours une amie m’a dit qu’il nous fallait trois étreintes par jour. Si c’est d’étreintes physiques dont elle parlait, je m’approprie sa vision, mais décide de considérer une rencontre atypique mais marquante comme une étreinte. On finit par se quitter avec Maria. Elle me dit qu’elle connait beaucoup de monde à Nantes, alors, même si la prochaine fois que je la croise, elle est en train de discuter avec quelqu’un, je ne devrais pas hésiter à la saluer. Nous nous recroiserons, on le sait.
Je me dirige vers ma deuxième étreinte, mon opticien de voisin rencontré la semaine passée. Je vais nous chercher des croissanteries, il nous prépare les cafés. Au même moment, les collégiens quittent la rue de Bel-Air pour aller bloquer un lycée tout proche.
Je retourne à ma journée, préparation de mes interventions de demain à la fac, rdv chez le médecin. J’attends impatiemment ma dernière étreinte de la journée, ce soir au Théâtre Universitaire : la représentation de Veillées, par la compagnie HVDZ.
Bonne journée !