24/12/2012

Indian Translation #2

Vrindavan est une ville où la ferveur religieuse est toute particulière, elle est l'équivalent de la Mecque pour celles et ceux qui ont fait de Krishna leur dieu suprême. Ici, on croit. Ici, on pratique. Comme partout en Inde me direz vous ! Oui, sauf qu'à Vrindavan le pourcentage des pratiquants est très élevé. En effet, nombreux sont les Hindous et étrangers convertis, à venir s’installer à Vrindavan pour y finir leurs jours. Mourir ici rajoute des points. L'Inde moderne que je sais existante n'a pas droit de citer, ses rares apparitions se font au travers les télévisions présentes dans les foyers ou autres agences de voyages. Vrindavan n'est pas répertoriée comme une des sept villes saintes de l'Inde, mais Mathura, à quelques kilomètres d'ici l'est, c'est dans cette moyenne ville que Krishna serait né. À Vrindavan, il aurait passé son enfance...

 
Krishna et son éternelle servante Rhada Rani



Les 5000 temples de Vrindavan érigent donc Krishna en dieu suprême. Ces temples sont étonnamment très différents : du plus ancien, bâti il y a 500 ans en haut d'une petite colline, aux cônes ocres majestueux, aux minis temples joyeux et désuets, d'un mètre carré pas plus, construits tout récemment. Il est bon pour le salut des dévots de faire le tour de ces temples. Cela fait partie de ce que l'on appelle les sevas, des services que les croyants rendent à Krishna, et qui participent de la dévotion au Dieu. À Vrindavan, comme ailleurs j'imagine, on pratique le parikrama. Cela consiste à faire le tour d'une ville, à pied, et de préférence pieds nus. Cela permet donc d'un seul coup, de faire le tour de tous les temples de la ville, le service rendu est donc immensément plus grand ! La coutume veut bien sûr que le dévot bénissent au départ et à l'arrivée ce chemin hautement spirituel.
Pour ma part, je l'ai fait plusieurs fois. C'est bien agréable de faire ses 10 kilomètres à pied, on visite des temples, on fait des rencontres, et les photos sont aussi les bienvenues ! Pour varier les plaisirs, les ambiances et les lumières, j'ai testé plusieurs moments de la journée, il m'en reste encore... Bon, par contre, le faire les pieds nus, une fois m'aura suffit, car ça m'a valu une ampoule au pied droit, qui pour le coup, me prive de parikrame pour deux ou trois jours. Rien de religieux dans ma démarche, c'est comme cette envie qui me tiraille de faire un bout du chemin de Compostelle, juste du bon sens : marcher, ça fait du bien, au corps et à l'esprit !


 
A propos d'esprit, je ne vous ai pas encore parlé des milliers de singes qui assiègent la cité. Eux aussi ont sans doute un attachement singulier à Krishna, car ici plus qu'ailleurs, ils règnent ! On te prévient d'emblée, ne porte pas de lunettes, ne laisse pas visible de la nourriture, ne laisse rien trainer, ferme la porte. Ils sont sacrément malins ces singes, car même lorsque leur butin ne se mange pas, il le troque au mieux offrant, et obtiennent ainsi bananes et autres succulents mets qui les satisferont à coup sûr. Pour ma part, j'ai survécu à une double attaque de singes, qui d'après les personnes qui m'entouraient à ce moment là, auraient confondu mon appareil photo (que je cachais) avec un éventuel régime de bananes. La leçon du jour fût donc : ton appareil tu ne cacheras point !


 
 Ce matin, j'ai assisté à une cérémonie. C'est la deuxième à laquelle je participe. La première était sur les rives de la Yamouna, l'un des quelques fleuves sacrés de l'Inde, alors que je venais à peine d'arriver. Entourée d'hindous, je vivais un moment intense de la cité qui rendait grâce à Krishna au travers les chants, prières et offrandes qui jalonnent systématiquement ce type de célébration. Aujourd'hui, c'était bien différent. J'étais entourée de quelques dizaines de dévots initiés à la Conscience de Krishna, ceux que l'on appelle aussi chez nous les Hare Krishna, du fait du mantra chanter par ses adeptes.

Pour la petite histoire...
Dans les années 70, un maître spirituel hindou nommé Prabhupade part diffuser sa vision du monde à l'étranger. Il va vivre quelques années aux États-Unis où son discours va séduire la jeunesse pacifiste de la contre-culture, qui rejette en masse la société contemporaine et les choix politiques de la nation. Ainsi, en peu de temps, le maître spirituel va rassembler de nombreux disciples aux Etats-Unis d'abord, puis en URSS. A l'heure actuelle, ces deux nations, ou du moins ce qu'il en reste, sont aujourd'hui largement majoritaires dans le mouvement. Si de nos jours, les adeptes de l'ancien bloc de l'est peuvent pratiquer leur foi presque librement, cela n'en a pas toujours été ainsi. En effet, nombreux sont les disciples qui ont été emprisonnés et torturés. En France, le mouvement ISKON, pour International Society for Krishna Consciousness, a été un temps considéré comme une secte.


Mais revenons pour l'heure à cette cérémonie...
Ce matin, une nouvelle dévote a été initiée à la Conscience de Krishna. La célébration a commencé par un long discours, en anglais, du maître spirituel Gurudev. Je n'ai pas tout suivi, photographies, anglais et dispersion obligent, mais un moment m'a bien fait rire en tout cas. Gurudev s'est mis à parler de la France et à rapporter cette expression d'abord en Français (et c'était incongru car nous étions deux à pouvoir comprendre), « Ni dieu ni maître », pour dire je crois, que cela était incompréhensible pour lui. J'entends bien son incompréhension, car de l'autre côté du miroir, je suis cette française agnostique indépendante qui pourrait prononcer ces mots.

A la suite du discours, la jeune dévote de 16 ans s'est engagée face à son maître à respecter les principes du mouvement que sont : ne consommer ni viande, ni œuf, n'avoir aucun rapport sexuel illicite (hors mariage ou juste pour le plaisir), ne faire usage d'aucune substance enivrante ou excitante (drogue, alcool, café, thé), ne s'adonner ni aux jeux de hasard ni à quelque spéculation que ce soit. 

 
Enfin, la jagya a commencé, un moment assez fascinant je dois l'admettre, composé de mantra et rituels autour d'un feu situé entre le maître et sa jeune dévote. La matinée s'est conclue par un kirtam (chants et musiques religieux) durant lesquels tous les dévots ont mangé le prasada, des aliments « consacrés », ici, c'était des fruits. Ah oui, car je ne vous ai pas dit que tous les aliments que mangent les dévots doivent d'abord être offerts à Krishna, et, l'aliment quel-qu’il soit (mais ni viande, poisson, œufs, etc.) devient alors du prasada.

Prasada lors d'une puja au Radha Kund

La cérémonie finie, j'ai quitté la maison de Gurudev, qui lui même la quittera le soir même pour s'envoler vers l'Afrique du Sud, après s'être posé quelques jours à Vrindavan.
Il semble que la vie de Guru ne soit pas de tout repos !

Gurudev

L'hiver s'est installée pour deux mois dans l'Uttar Pradesh. Il y fait froid ! Je ne suis donc pas mécontente de m'envoler vers le Kérala dans quatre jours ; quoique m'envoler ne soit qu'une expression, car c'est par les voies terrestres que je rallierai le sud de l'Inde. Pour ceux qui cerne même superficiellement la géographie indienne, vous aurez compris que du sud au nord, il y en a de la route. Cela va effectivement me prendre cinquante heures, via le Kerala Express. Moi qui avait hâte de vivre une telle expérience, je n'y vais pas de main morte ! Je voyagerai dans la catégorie 2AC, classe 2 avec air conditionnée, quatre couchettes par compartiment.

Dans le train entre Delhi et Mathura

D'ici là m'attendent sûrement encore un ou deux parikramas, des visites de temples, une excursion à l'extérieur, et des moments de rien nécessaires à l'esprit pour demeurer plus encore dans l'instant présent.




Jaya Radha Madav !