Reprenons donc le fil de l'histoire...
Après avoir quitté le nord de l'Inde, je suis finalement arrivée dans le sud, par avion, faute d'avoir pu trouver un billet de train. Je suis restée deux jours à Kochi pour enfin rejoindre la sauvage et minuscule station balnéaire de Varkala. C'est donc à ce moment de l'histoire que je vous avais laissé, pour aller vivre une expérience singulière, entre yoga et méditation, au sein de l'Ashram Sivananda. Pour l'heure, Je vous écris des backwaters du Kerala où je vais passer trois jours.
Mais, revenons sur ces deux dernières semaines...
Mais, revenons sur ces deux dernières semaines...
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| Swami Shivananda Saraswati et et Swami Vishnudevananda |
Découvrir le Yoga en le pratiquant et approcher l’ayurvédique (médecine préventive indienne) faisaient partie de mes envies. Voilà donc pourquoi j'avais décidé de passer deux semaines dans cet ashram reconnu pour ses cours de Yoga : l'Ashram Sivananda. On m'avait prévenu que ce lieu était assez rigide, je décidais d'en accepter les règles, après tout, un peu de discipline ne me ferait pas de mal. Quoique ?!
Au commencement, je savais que le yoga était en Inde bien plus que ce que l'on en connait en France, mais en quoi était-il différent ? J'allais le découvrir.
Le yoga dans son acception la plus large est une pratique spirituelle, plus encore, un mode de vie. Ici, j'ai appris qu'il se compose de plusieurs pratiques : les exercices physiques, les exercices de respiration, la relaxation, le végétarisme et la méditation, (et il y a aussi la dévotion bien sûr). Je crois que cette approche globale vaut pour tous les yogas, car en effet, il en existe plusieurs sortes. Durant près de deux semaines, j'ai donc pratiqué le Yoga Sivananda, un style traditionnel de yoga composé de douze postures principales, de méditation, de respiration (pranayama) et de chants de mantras. Ce yoga fait partie de ce que l'on appelle le hatha yoga, un yoga relativement doux avec une relaxation finale (c'est le yoga que nous connaissons en France).
Très concrètement, nos journées commençaient à 6h00 du matin par un satsang, un temps consacré à la méditation et aux chants de mantras (dans l'hindouisme et le boudhisme, un mantra est une formule condensée formée d'une ou d'une série de syllabes répétées de nombreuses fois suivant un certain rythme). Nous prenions ensuite un thé à 7h30 avant de rejoindre notre cours de yoga pour pratiquer assanas et pranayama durant deux heures. À 10h00, c'était l'heure du brunch.
13h30, nouveau thé sous les arbres, le plus souvent accompagné d'une petite douceur sucrée (fruit, fruit sec, gâteaux). 14h00 : théorie, 16h00 : yoga, 18h00 : diner, 20h00 : satsang de fin de journée, 22h30 : extinction des feux.
Voilà pour les données "techniques" !
Rentrons maintenant dans le vif du sujet. Pour être honnête, je n'ai pas du tout apprécié le "tout discipline" de ce lieu, sans doute parce que je l'ai ressenti comme une autorité arbitraire et non comme un accompagnement vers une ascèse salvatrice menant à l'harmonie de mon être. Cahin-caha, j'ai malgré tout réussi à me composer un séjour me réservant des temps pour moi, où je réussissais à m'échapper du programme imposé. Cependant, lorsqu'un jour en quittant le satsang du soir avant la fin, je me suis retrouvée face à une "pionne/gardienne" prenant le nom des personnes qui "s'échappaient", mon opinion s'est définitivement scellée, je n'adhérais pas à ce lieu.
Ne vous méprenez pas, je suis très heureuse d'avoir vécue cette expérience, car j'en garde des souvenirs, pratiques et rencontres mémorables.
Il y a d'abord eu ces retrouvailles avec le fameux mantra découvert à Vrindavan :
Hare Krishna, Hare Krishna, Krishna Krishna, Hare Hare,
Hare Rama, Hare Rama, Rama Rama, Hare Hare
Regardez cette image, et imaginez toutes ces personnes avançant une à une mais toutes ensemble, en ligne, jusqu'à l'assiette qui sera la leur, avant de s'asseoir en tailleur sur la natte prévue à cet effet. Lorsque toutes les personnes seront entrées, lorsque la prière sera faite, le mantra chanter par les karma-yogis cessera, le silence s'imposera, et tous nous mangerons sans couvert et de la main droite notre généreux repas.
C'était donc le même rituel que matin et soir nous vivions au moment des repas. Je l'ai apprécié, et drôlement même. La nourriture et le plaisir de la partager ne sont pas un dû, alors MERCI.
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| Nos repas à l'ashram © Jessica Kirkpatrick |
Et puis bien sûr, les cours de Yoga étaient géniaux (je parle donc ici des exercices physiques). Ils démarraient toujours par les exercices de respiration (c'est apparemment la spécialité de Sivananda, car d'ordinaire, ils se font plutôt après les assanas). Nous continuions avec les assanas pour terminer par la relaxation.
Il est assez aisé d’accroitre sa souplesse en pratiquant régulièrement ces assanas. En fait, pour faire simple : le but est de réaliser les différentes postures, et de les tenir un temps approprié, afin qu'elles apportent les bienfaits escomptés : massage des organes internes, circulation sanguine, amélioration de la vision, etc.
Vous auriez dû voir nos têtes à la sortie de ces cours, comme si on sortait d'une bonne nuit de sommeil. Incroyable !!!! Voici Dominique, détendu, heureux...
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| Dominique...bien accroché à son tapis de Yoga |
Trêve de plaisanteries, le yoga m'a fait un bien fou : je souhaite qu'il s'enracine dans ma vie. Les changements les plus remarquables s'opèrent dans l'instant grâce à la relaxation et l'effort physique, et ceux qui s'inscrivent dans la durée, sont plutôt les bénéfices de la respiration : j'ai l’impression que je ne chante plus faux (d'accord la mise à l'épreuve est nécessaire) !
À l'ashram, j'étais logé dans un dortoir : chacun son lit, chacun sa moustiquaire. J'y ai très bien dormi, et les réveils de 5h30 m'ont semblé si "normaux". Et puis surtout, j'y ai fait de très jolies rencontres.
J'ai beaucoup rit avec Dominique et Claire, deux amoureux rebelles, j'ai été touchée par Agnès, ma voisine de lit allemande, et puis il y a aussi eu ces iraniennes, cet américain, ces israéliennes, ce brésilien, and the last but not the least, Vicky et Jessica, deux australiennes mère et fille, avec qui je continue actuellement mon périple, et puis Virginie, qui m'est apparu si familière à l'instant même où mon regard s'est posé sur elle. Elle avait commencé son voyage avec son amoureux et son fils, avant de faire cette retraite à l'ashram. Nous nous reverrons en France c'est sûr !
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| Une journée dans l'Ambassador... |
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| ... avec Virginie... |
J'ai très peu photographié l'ashram, sans doute car mon cœur n'y était pas. Mais voici deux images que j'aime : de la culture hindouiste en barre !
Pour finir, sachez que mon niveau d'anglais m'a drôlement limité au sein de l'ashram, tant du point de vue des acquis théoriques que d'un point de vue plus social ! Ma décision est donc prise, j'irai passer le mois de juin en Angleterre ou en Irlande, et j'y intégrerai un cours de langue intensif !
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| Iconographie hindouiste |
Mouvance
J'ai quitté Trivandrum ce matin, où j'ai passé une nuit, après avoir quitté l'ashram Sivananda. Je suis en slepper class, dans le train numéro 6476 en direction d'Allepey. Je suis dans un compartiment pour dames. Non pas qu'il leur/nous ai été réservé à l'avance, non, mais de fait en Inde, les femmes se rassemblent. Dans les trains, dans les temples, dans les églises, dans les rickshaws, à l'unisson, elles convergent et habitent ces espaces éphémères, qui tour à tour intéressent ou indiffèrent les groupes d'hommes alentour. Une grande complicité semble par ailleurs les/nous lier ; femmes-enfant, femmes-mère. Il est vrai que le rapprochement des sexes se fait naturellement dans toutes les sociétés, c'est une affaire de sensibilité, de partage, et sans doute de choses qui nous dépassent, et nombre d'anthropologues et sociologues ont dû étudier la question. Mais dans la société indienne, ce rapprochement prend une tournure particulière car il semble être excluant envers la gente masculine. Hormis de rares étudiants et étudiantes que j'ai croisé dans le métro de Delhi, hommes et femmes ne semblent pas se mélanger, du moins pas avant le mariage.
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| Dans le train, entre Varkala et Trivandrum, avant d'arriver à l'ashram |
Dans mon compartiment, les langues se
délient. Je suis avec Vicky et Jessica, elles sont mère et fille,
elles viennent d'Australie. Nous nous sommes rencontrées à l'Ashram
et avons décidé de passer quelques jours ensemble dans les
backwaters du Kerala. On nous demande donc d'où on vient, quels sont
nos prénoms, combien de temps nous voyageons en Inde. La question
récurrente de notre situation amoureuse n'est pas encore tombée,
pour cause, se sont le plus souvent les hommes qui la posent. Dans
cet espace ouvert sur le couloir, il fait chaud mais c'est
supportable, car les fenêtres sont ouvertes, et puis les
ventilateurs fonctionnent aujourd'hui.
Ici, on voit la vie en bleu : bleu
vinyle, bleu formica, bleu métal, bleu linoléum, puis tout à coup,
dans les compartiments pour dames, c'est un feu d'artifice de
couleurs : rose robe, orange foulard, rouge collant, vert sac,
bleu chaussure, violet ongles.
Et ces regards....
A propos du mariage, une conversation singulière avec l'homme à la moto de Kochi m'en a appris de bonnes. Comme vous le savez probablement, la majorité de mariages indiens sont « arrangés », et ce qui est le plus déterminant dans le fait de marier Monsieur à Madame, c'est ce qu'en dira l’astrologue. En effet, à partir des noms, dates et lieux de naissances des deux parties, il validera ou non la compatibilité des jeunes époux. Bon, en fait, ça je le savais déjà. Ce que j'ai appris plus récemment, c'est que les mariages d'amour, qui existent malgré tout, tout en étant largement minoritaires, s'avèrent statistiquement malheureux. Alors que les mariages d'amour se finissent le plus souvent par un divorce, les mariages arrangés semblent avoir de beaux jours devant eux. Pour ma part, je vois surtout d'un côté l'essai libertaire, sans doute difficile à tenir dans une société aussi traditionnelle, et de l'autre, la reproduction nonchalante des coutumes à l’œuvre dans les générations précédentes.
C'est je crois à ce moment précis de mon
récit, que je dois vous raconter une chose pas commune qui m'est arrivée
lorsque j'étais encore à Vrindavan.
Vous vous souvenez peut-être d'Arabindoshastri, (Sashtri pour les intimes), l'un des brahmanes en charge de l'Ashram Sitaram où je logeais avec Isabelle. Shastri, malgré sa personnalité extravertie, est un homme des plus sérieux et des plus rigoureux lorsque l'on touche à la religion. Ses savoirs semblent être grands en la matière et l'astrologie védique l'une de ses spécialités. Ne me demandez pas de vous expliquer la différence entre l'astrologie telle que nous la connaissons en France (ou pas) et celle-ci, je serais bien mal en peine de vous répondre. Tout ce que je peux vous dire c'est que j'ai vécu une expérience incroyable, aidée à la traduction par Isabelle qui après deux mois passés à Sitaram maîtrisait bien l'anglindienshastrien.
Vous vous souvenez peut-être d'Arabindoshastri, (Sashtri pour les intimes), l'un des brahmanes en charge de l'Ashram Sitaram où je logeais avec Isabelle. Shastri, malgré sa personnalité extravertie, est un homme des plus sérieux et des plus rigoureux lorsque l'on touche à la religion. Ses savoirs semblent être grands en la matière et l'astrologie védique l'une de ses spécialités. Ne me demandez pas de vous expliquer la différence entre l'astrologie telle que nous la connaissons en France (ou pas) et celle-ci, je serais bien mal en peine de vous répondre. Tout ce que je peux vous dire c'est que j'ai vécu une expérience incroyable, aidée à la traduction par Isabelle qui après deux mois passés à Sitaram maîtrisait bien l'anglindienshastrien.
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| Arabindoshastri |
À partir de mon nom, de mes date, heure
et lieu de naissance, Shastri a obtenu un document totalement incompréhensible pour moi, nommé Kundali. De ce document, il a tiré les
informations qui lui ont permis de me raconter mon passé, de me
parler de mon avenir et de répondre aux quelques questions que je
lui ai posées pour finir.
Tout ce que m'a dit ce grand astrologue
était précis et juste : de mes problèmes de digestion à ma
mère qui parle beaucoup (quand mon père semble plus silencieux),
d'un contrat de travail éprouvant s’étalant de décembre 2011 à
juin 2012, à la fin d'une mission qui en se terminant le 10 avril
2013 me permettra de retrouver mon énergie, et puis il y a aussi eu
le nombre d'hommes que j'ai aimé...
Pour le futur, il a vu ce que je mets en place actuellement dans ma vie, ce que moi même je pressens. Je garderai pour moi ce qui relève de mon intimité, mais je dois vous avouer que j'aime assez l'idée d'avoir des articles dans la presse me concernant, rapport à une exposition photo, en juillet 2014 ! Devrais-je donc envoyer mon travail à tous les festivals se déroulant en juillet ? Mais que faire ??? Dis moi Shastri !
Pour le futur, il a vu ce que je mets en place actuellement dans ma vie, ce que moi même je pressens. Je garderai pour moi ce qui relève de mon intimité, mais je dois vous avouer que j'aime assez l'idée d'avoir des articles dans la presse me concernant, rapport à une exposition photo, en juillet 2014 ! Devrais-je donc envoyer mon travail à tous les festivals se déroulant en juillet ? Mais que faire ??? Dis moi Shastri !
Trêve de plaisanteries et sujet clos.
Alors : envieux ou circonspects ?
Tourisme
Ces quelques jours que je passe avec Jessica, Vicky, et l'homme de la famille qui nous a rejoint, sont doux, agréables. Il y a d'abord eu cette invitation à passer une journée avec eux dans ce luxueux "resort" avec ouvreurs de portières, transporteurs de bagages et serveurs dévoués. Bon tout ça, c'était très agréable, mais croyez moi ou non, le vrai luxe s'est simplement avéré être un matelas douillet, une couette enveloppante et l'air conditionné !
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| L'anachronisme du luxueux resort d'Allepey, sur l'invitation de ma famille adoptive australienne |
Nous sommes actuellement sur une petite île des backwaters du Kerala, dans une maison d'hôte simple mais confortable. J'y ai pris un cours de cuisine keralaise et découvert tous les usages de la noix de coco qui foisonnent dans cette région.
Nous reprendrons la route demain pour Munnar, une ville célèbre pour ses plantations de thé, dans les Ghats Occidentaux (une chaine de montagnes).
Je vous laisse pour l'heure,
dans vos pensées avec Virginie.
dans vos pensées avec Virginie.
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