20/02/2013

Bye bye India !

"Je suis une créature émotive.
Ne me dites pas de ne pas pleurer.
De me calmer, de ne pas être si extrême, d'être raisonnable.
Je suis une créature émotive.
C'est comme ça que la terre s'est faite.
Que le vent continue à polliniser.
On ne dit pas à l'océan atlantique de bien se tenir".
Extrait des Monologues du vagin


Voici un texte bien à propos pour débuter ce dernier post franco-indien, qui aurait tout autant pu commencer par un universel mais pourtant singulier « C'est l'histoire d'une fille qui... ».

Un être de chair et de sentiments qui s'est frotté à une entité protéiforme et inconstante, un monde bruyant et extrême, une nature abimée, poussiéreuse, aride ou abondante.

Quia le sentiment d'avoir quitté l'Inde sans lui dire au revoir,
a trouvé des réponses mais rentre avec de nouvelles questions,
s'est constatée plus que jamais intuitive, aimante et aimée, intransigeante,
et qui … tutoie de nouveau ses angoisses.
Un être sensible et fort qui a su apprivoiser la nature d'apparence sauvage d'un fou pays.
Une voyageuse à l'esprit ouvert et au cœur sincère qui s'est pourtant retrouvée face à ses propres limites.


Je n'ai pas aimé le Rajasthan. 
Ayant en tête que cet État était le plus touristique d'Inde, j'avais initialement décidé de ne pas y aller. Et puis libre de tout, donnant petit à petit vie à mon voyage, j'ai finalement pensé que conclure mon périple là-bas ne serait peut-être pas si mal. Vous m'aviez donné envie.

Quelques semaines plus loin, mes intuitions de côté...
Bundi m'a rendu triste et Udaipur m'a agacé quand Pushkar m'a réconforté.
Oui le Rajasthan sait être beau, mais le problème est sans doute qu'il ne le sait que trop. J'y ai été , comme nulle part ailleurs en Inde, sollicitée dans la rue par les marchands ou bien par des enfants nullement dans le besoin, mais qui mécaniquement te demande le stylo ou le roupis. J'y ai fait des rencontres qui m'ont rendu triste. J'y ai croisé trop de français, mais ceux là, ils ne m'ont pas touché. Ils m'ont raconté leur Inde. Ils ont abîmé la mienne. Ils m'ont dit des choses que je n'avais pas envie de savoir peut-être... l'autre côté du miroir.
Et tout à coup, en moi, le Rajasthan est devenu Maroc.

Pas l'énergie de continuer ailleurs...

 
Mais heureusement, parfois la beauté s'est immiscée, et j'ai aimé
… y croiser Pauline, (rencontrée à Nantes au festival des 3 continents), surprenante Pauline,
… y régaler mes yeux de la beauté d'Udaipur,
… y retrouver la cuisine de l'Inde du nord,
… me sentir princesse au Dream Heaven,
… retrouver en Pushkar la dynamique d'une ville sacrée et ainsi conclure mon voyage comme il avait commencé. 

Au milieu de tout cela, il m'est arrivé cette chose que l'on a tous vécu : vous êtes à une fête chez des amis, vous passez une très bonne soirée, et puis tout à coup, subitement, vous sentez que pour vous, la fête est finie, qu'il est temps de rentrer.

Et ce matin là, elle m'a dit au revoir.
Au milieu d'un désert, dans cette minuscule gare routière, elle est ré-apparue. Elle, c'est cette prière que Virginie et moi aimions tant, cette prière découverte dans le sud de l'Inde du Sud presque deux mois auparavant. Parce que le soir même j'allais la quitter, elle me faisait ce cadeau, une sorte d'attention comme pour me dire « Ne t'en fais pas, je ne suis pas facile et tu t'en es bien sortie. Ça va aller, tu verras ». Je n'ai pas su quoi lui répondre.

J'ai quitté l'Inde une semaine plutôt que prévu pour retrouver Mayne, cet autre pays qui me bouscule.



Rendez-vous les 18/19 mai,
à la Galerie Éphémère du 19 rue Roiné
(Trentemoult - 44)
dans le cadre de l'Art prend l'Air

 

01/02/2013

Indian Translation n°4

Me voici à nouveau dans le train. Je quitte ce matin Hospet en direction d'Hubli, où j'espère dans la foulée trouver un bus pour Goa. J'y passerai seulement la nuit, car c'est uniquement pour y prendre un train que je me retrouve dans ce minuscule état bien connu pour ses plages et ses fêtes.
Hospet car Hampi.
Hubli, oublie donc.
Let's go !


Ces derniers temps, je me questionne tout particulièrement sur ma condition de voyageusE. Je savais bien qu'en partant en Inde, je ne faisais vraiment pas le choix de la facilité, et je savais aussi que les bénéfices en seraient sûrement beaucoup plus grands ; enfin, on verra ça au retour. Je m'amuse à employer le mot bénéfice, car ici, son usage ne renvoie pas aux résultats comptables d'une société, mais plutôt aux conséquences bénéfiques d'un acte spirituel. Vous vous souvenez bien sûr de Shastri mon astrologue de Vrindavan. Et bien, malgré un futur qu'il m’annonçait prometteur, il avait tout de même décelé d'éventuels problèmes qui pourraient interférer à mon bien-être, principalement question travail. Ce dernier avait donc estimé nécessaire de faire une série de pujas (prières) à Shiva, lesquelles me seraient précisément destinées et me permettraient à priori d'éviter les désagréments identifiés. Ces prières allaient donc s’échelonner sur cinq jours d'affilée, et elles débuteraient le 31 décembre, un jour où lune et autres planètes auraient la position idéale.
 
A l'aube du mois de février, je trépigne, car c'est officiel :
je vais désormais pouvoir mesurer les bénéfices
de ces prières !





Entre la théorie et la pratique le grand écart !
Le voyage version bag-back est une école d'autodidacte : tu embarques la théorie dans ton sac, et après, tu passes ton temps à ajuster, accepter, comprendre, refuser, et t'amuser de ce shaker permanent. Et parfois, tu es fatiguée, sensible, à fleur de peau, car tes grandes capacités d'adaptation sont bien-sûr mises à rude épreuve. Une nuit de sommeil avortée, et tu te surprends à espérer ton retour auprès de tes proches, vite, le plus vite possible.
Une nuit de sommeil réussie et c'est reparti : « ce voyage sera définitivement trop court ».
Apprendre, théoriser la pratique, pour enfin l'oublier. L'Inde est grande, si elle est le plus souvent constance, elle est aussi inconstance : entre l'Uttar Pradesh et le Kerala le grand écart, entre Kodaïkanal et Hampi, le « bâton tourné des deux mains ».


 
Noix de coco, bananes, cardamone, mangue, papaye, riz :
nature généreuse
Thali, chapati, parotha, massala, tchaï, paneer, byriani :
nourriture délicieuse


Interrogations
Le mois dernier à Delhi, il y a eu ce viol collectif perpétué dans un bus de banlieue.
En ce moment en France, il y a ce combat pour un droit essentiel : pouvoir déclarer son amour devant la loi, qui que tu aimes.
En Inde, les femmes semblent ne pouvoir compter que sur elle-même pour se défendre, le viol n'y est mentionné dans les textes de loi que par un « doux » euphémisme, et entre la honte d'avoir subit cet acte atroce et la difficulté à déposer plainte au poste de police, nombre de cas restent impunis. Des mouvements féministes luttent et sensibilisent à ces questions, mais à l'échelle de ce pays traditionnel, complexe et protéiforme, ces luttes ne sont sans doute à l'heure actuelle qu'une bataille façon pot de terre contre pot de fer.

Il est question ici de libertés fondamentales : conserver ses intégrités physique, psychique et identitaires, choisir d'être une femme indépendante, choisir d'aimer et de l'affirmer aux yeux de la loi.
J'ai définitivement fait tout ces choix et bien d'autres encore. Ils auraient pu demeurer lutte perpétuelle et colère intérieure si je ne les avais pas accompagner d'amour, de bienveillance, de respect, de lucidité et de confrontations à la différence.

J'ai été cette femme dure et jugeante, à l'égo encombrant. J'exagère ! Car si nos rencontres sont le miroir de notre bonté intérieure, (et je le crois), j'ai tout au long de ma vie rencontrée de si belles personnes ; elles sont justes bien plus nombreuses maintenant !
Aujourd'hui, je me sens en paix. Je ne confonds plus mes projections avec la réalité, et je sais observer (enfin je commence) mon esprit avec distance, donnant alors plus de crédit à mon cœur et sa constance.

Ce travail m'aura demandé quatre années : vacillante entre des projections positives et des objectifs concrets, je suis aujourd'hui intuition et envies sincères.

Alors, si l'on peut esquisser quelques éléments de réponse sur le pourquoi d'un tel voyage, ils ne sont dans un premier temps que production intellectuelle et « rassurance » (j'aime ce néologisme), car seule l'expérience confrontante, qui me mettra face à moi même, me permettra de constater qui je suis, où je vais et comment j'ai grandi.


L'arroseur arrosé
 

Un matin de janvier, j'ai quitté une famille et quelques soirs plus loin, c'est un frère et une sœur que j'ai trouvé. Je voyage seule, et c'est alors que je ne le suis plus.



J'ai rencontré Matthieu à Kodaïkanal, à mon arrivée à l'auberge de jeunesse.
J'ai fait la connaissance de Mahra chez Vicky's, ma guesthouse de Hampi.
Il est un jeune peintre, il fait le tour du monde.
Elle travaille dans un concept store à Amsterdam, mais elle est surtout artiste je crois.

Il est français, il a 26 ans. 
Matthieu voulant entrer dans ma collection de "dos"



Elle est hollandaise, elle a 25 ans. 
Mahra, essayant d'échapper au photo-shoot indien



Avec lui, j'ai discuté si naturellement, j'ai médité et fait du yoga, et puis il y a aussi eu cette partie de cartes.
Avec elle, j'ai beaucoup échangé, j'ai découvert Hampi, j'ai partagé des bonheurs, intenses et simples à la fois, les fesses dans une rivière ou sur la selle de ma bicyclette.
J'ai trouvé Matthieu très attachant.
Mahra m'a tout de suite plu.

Un frère
Une sœur
Jessica, Ian et Vicky, vous savez quoi ?
La famille s'agrandit !

 ♥  Ian, Jessica et Vicky  ♥ (Photo de Jessica)

 
Qu'est ce que j'ai pu rire avec vous ! Moi qui dit toujours que je n'ai pas d'humour, et bien j'ai trouvé en Vicky ma première fan ! Et Ian, Dad, toi qui m'a semblé distant au début, quel bonheur de constater tes yeux humides lorsque nous nous sommes quittés : ma famille australienne !

Aime la vie et la vie te le rendra





Me voilà de nouveau dans le train.
Un trajet de 20 heures qui me permet de quitter l'Inde du Sud pour retrouver l'Inde du nord. Mon voyage s'est composé au fil des semaines, mais une certitude a toujours été, il fallait que je remonte car c'est de Delhi que je quitterai l'Inde le 19 février.
Et quel voyage je fais ! C'est la première fois que je suis en 3AC, 3 pour troisième classe, AC pour air conditionné. Auparavant, j'ai toujours pris des trains de jour sans réservation, je voyageais donc en slepper class, la classe tout ce qu'il a de plus indien. Ce voyage en 3 AC me fait un étrange effet : je pourrais indifféremment traverser l'Inde, l'Amérique Latine ou encore la Russie. Entre expérience intra-utérine et machine à voyager dans le temps, ce moment est presque magique, je suis partout et nulle-part, mais une certitude demeure : je me sens bien !
Je partage, ce qui s'apparente à un compartiment, avec un couple d'amoureux russes, et tout à tour une belle mère ou son beau-fils. De l'autre côté du couloir, dans le sens du train, il y a la couchette de la fille et du petit bébé qui voyage avec nous. Cette dame aux identités multiples, maman, grand-mère, belle-mère, femme, me touche. Je lis dans son regard tant d'amour, de sérénité et d'intelligence. J'aime croiser son regard et lui sourire, j'aime aussi comme elle me regarde.
Ce voyage en train est spécial. Le calme règne. Chacun vaque à ses occupations : on lit, on dorlote, on pianote son PC ou son ipad, on dort, ou on se laisse envoûter par les paysages magnifiques qui se succèdent. Ah tient, un corps recouvert de milliers de fleurs et porté comme on porte un cercueil. Sera-t-il inhumé ou rejoindra-t-il les milliers d'autres âmes d'un fleuve sacré ?
Un bonheur intense m'envahit tout à coup.
J'ai les larmes aux yeux.
Cet instant est magnifié par le Göttingen de Barbara, l'autre fois c'était Dominique A.

Ne vous méprenez pas, mon voyage n'est pas que bonheur et sérénité, mais il l'est certainement de plus en plus. Voyager seule en Inde est un apprentissage de tous les instants, alors j'apprends, puis tout à coup je déconstruis mes apprentissages car manifestement, ceux là, ne seraient pas re-mobilisables.




Mais bien sûr, j'apprends surtout sur moi : un simple geste d'entraide que je n'aurais pas fait quelques années en arrière et que je constate désormais mien et naturel, une capacité à prendre avec tant de philosophie des situations pourtant anxiogènes, et puis ces nombreuses rencontres qui se font si naturellement, et ces grands moments de bonheur qui peuvent certes être sublimés par de la musique ou un paysage exceptionnel, mais qui sont surtout le miroir de mon cœur et de mon âme.
Je constate aussi à nouveau que je gère mieux les moments difficiles, lorsque j'arrive à Mysore malade et épuisée, lorsque je ressens comme agression cette obsession à vouloir me faire acheter toute sortes de choses, ou encore lorsque je ressens cette forte oppression que me renvoient certains croyants occidentaux...

Vous savez quoi, lorsque l'on me demande si j'aime l'Inde, je ne sais jamais quoi répondre. J’apprécie mon expérience, je lui suis reconnaissante de m'offrir cette opportunité, mais je ne peux dire : j'aime l'Inde ou encore je n'aime pas l'Inde. Il y a moi et il y a elle. Il y a ces frottements et leurs productions, et il y a le respect mutuel.

Au détour d'une rue de Kodaïkanal, une invitation à boire un thaï et un portrait


Et si je revenais au voyage
plutôt qu'à sa production réflexive ?

Voyons voir que je retrouve le fil...ah oui, je vous avais laissé dans les backswaters du Kérala. Ensuite, avec Vicky, Ian et Jessica, nous sommes montés à Munnar, une ville et une région célèbre pour ses plantations de thé.

Dans les environs de Munnar, des plantations de thé à perte de vue.


Nous y avons visité une fabrique de thé et son musée, et avons poussé notre marche jusque vers un lieu de paix, un centre de fabrication de foulards et sarees, une structure sociale où la majorité des travailleurs sont handicapés. Le bonheur qui régnait dans ce lieu contrastait tant avec... l'Inde en général. Et puis il y eu cette journée où on a vadrouillé dans les montagnes à tuk-tuk comme disait Ian, en fait une autre expression pour désigner l'auto-rickshaw. 

Notre auto-rickshaw du jour : Janu, Abi et Anu sont la femme et les enfants de notre chauffeur.
 

 
Cette semaine en famille s'est conclue par une séparation matinale : moi allant prendre un bus en direction de Kodaïkanal et eux retrouvant leur taxi pour un trajet de 10 heures en direction du nord du Kerala.

Du Kerala, je garderais surtout en mémoire le début de mon apprentissage du Yoga, cette semaine passé avec ma famille australienne,
et l'invisibilité du fromage sur le nan !


L'un de mes bus entre Munnar et Kodaïkanal



Trois bus plus loin Kodaïkanal.
Lorsque j'ai lu le nom de cette petite ville des ghâts occidentaux version Tamil Nadou, mon cœur s'est tout de suite emballé. J'irais à Kodaï juste parce qu'en le prononçant ou en l'écoutant, ce mot me procure du plaisir.
Ce n'est pas la première fois que ça m'arrive, l'autre fois, c'était Odessa. Un jour j'irais à Odessa, sauf que Odessa ne sera que le prétexte à tout ce qui lui précèdera...


Je me suis tout de suite sentie bien à Kodaïkanal. 
 Est-ce la présence de ces maisons en pierre ?

Le trio de choc du jour : Adeline la bien-heureuse sur sa montagne
Matthieu, le jeune peintre autour du monde
Ben, l'allemand dans l'ombre

Est-ce cette vue incroyable à l'auberge de jeunesse ?

Vue de mon auberge de jeunesse

Est-ce l'accueil de ses habitants ?

Les enfants heureux de Kodaïkanal

Le garçon au Loulou
Un jour, il y a eu le marché, je m'y suis trouvée, et j'y ai croisé Matthieu. Nous avons discuté et puis nous nous sommes quittés. Un instant banal mais tellement bon que j'aurais pu vivre n'importe-où mais forcément dans un endroit spécial.




Et puis j'ai quitté Kodaïkanal.
Bye Bye Kodaï.
Bus de nuit avec une société privée. Horrible.
Pas dormi. Malade. Arrivée à Mysore difficile.
Palais du Maharaja. Vu.
Visite d'une usine de fabrication de sarees en soie. Vu.
Mysore était sur ma route et voilà tout. Une ville pourtant agréable, mais définitivement non aimable, rien qu'à cause de l'insistance des conducteurs d'auto-rickshaws à vouloir jouer les guides d'achats et à celle des vendeurs du marché à vouloir faire mal leur job.
Contente de quitter Mysore.
Mysore – Hampi.
Je savais Hampi spécial, mais rien ne vous prépare à vous retrouver face à ce paysage irréel.
Voici Hampi en images














 
Et aussi ça !
Hampi, ça aussi été une journée sur la petite sœur de Dorothée (ma voiture rose), cette merveilleuse bicyclette rose.



 
Une journée à vadrouiller avec Mahra dans les rizières, près du lac, à découvrir Hampi de là-haut près du temple. Et puis, ça a aussi été cette agression par deux pervers à moto qui s'en sont pris aux seins et aux fesses de Mahra ! Et puis moi cherchant à la défendre, et puis moi, finissant ma journée avec un bleu et un petit doigt fébrile ! On m'avait parfois dit ce type de comportements en Inde, mais les discours étaient contradictoires (des fois oui, des fois non), mais j'avoue que quand ça vous tombe dessus (enfin sur Mahra)... quoi dire ?
Mahra et moi nous étions programmées une journée à moto le lendemain, nous n'y sommes pas allées. 



See you later Hampi !








Inde du Nord
me revoilà !



En écho à mes propos, voici un article envoyé par Cécile M. ce jour : il tombe à pic.




Et puis celui-ci envoyé par Clémence il y a quelques-temps...




Je vous laisse avec ma lecture du jour, un livre sur lequel j'ai dû revenir trois fois, avant qu'il tombe à pic : Siddhartha de Hermann Hesse

"Oh ! Pensa-t-il, en respirant à pleins poumons, maintenant, je ne laisserai plus échapper mon Siddhartha ! Je ne me remettrai plus, pour penser, et même pour vivre, à chercher l'Atman et à m'inquiéter des souffrances du monde. Je ne vais plus me torturer l'esprit et le corps pour découvrir un secret derrière des ruines. Pas plus Yega-Veda que Artharva-Veda, ni les ascètes ni une doctrine quelconque ne m'enseigneront rien désormais ; c'est de moi seul que j'apprendrai, que je serai l'élève, c'est par moi que je saurai le mystère qu'est Siddhartha".



 A bientôt !


14/01/2013

Indian translation n°3


Reprenons donc le fil de l'histoire...
Après avoir quitté le nord de l'Inde, je suis finalement arrivée dans le sud, par avion, faute d'avoir pu trouver un billet de train. Je suis restée deux jours à Kochi pour enfin rejoindre la sauvage et minuscule station balnéaire de Varkala. C'est donc à ce moment de l'histoire que je vous avais laissé, pour aller vivre une expérience singulière, entre yoga et méditation, au sein de l'Ashram Sivananda. Pour l'heure, Je vous écris des backwaters du Kerala où je vais passer trois jours.
Mais, revenons sur ces deux dernières semaines...


Swami Shivananda Saraswati et et Swami Vishnudevananda
Sivananda 
Découvrir le Yoga en le pratiquant et approcher l’ayurvédique (médecine préventive indienne) faisaient partie de mes envies. Voilà donc pourquoi j'avais décidé de passer deux semaines dans cet ashram reconnu pour ses cours de Yoga : l'Ashram Sivananda. On m'avait prévenu que ce lieu était assez rigide, je décidais d'en accepter les règles, après tout, un peu de discipline ne me ferait pas de mal. Quoique ?!
Au commencement, je savais que le yoga était en Inde bien plus que ce que l'on en connait en France, mais en quoi était-il différent ? J'allais le découvrir. 

Le yoga dans son acception la plus large est une pratique spirituelle, plus encore, un mode de vie. Ici, j'ai appris qu'il se compose de plusieurs pratiques : les exercices physiques, les exercices de respiration, la relaxation, le végétarisme et la méditation, (et il y a aussi la dévotion bien sûr). Je crois que cette approche globale vaut pour tous les yogas, car en effet, il en existe plusieurs sortes. Durant près de deux semaines, j'ai donc pratiqué le Yoga Sivananda, un style traditionnel de yoga composé de douze postures principales, de méditation, de respiration (pranayama) et de chants de mantras. Ce yoga fait partie de ce que l'on appelle le hatha yoga, un yoga relativement doux avec une relaxation finale (c'est le yoga que nous connaissons en France). 

Très concrètement, nos journées commençaient à 6h00 du matin par un satsang, un temps consacré à la méditation et aux chants de mantras (dans l'hindouisme et le boudhisme, un mantra est une formule condensée formée d'une ou d'une série de syllabes répétées de nombreuses fois suivant un certain rythme). Nous prenions ensuite un thé à 7h30 avant de rejoindre notre cours de yoga pour pratiquer assanas et pranayama durant deux heures. À 10h00, c'était l'heure du brunch.
13h30, nouveau thé sous les arbres, le plus souvent accompagné d'une petite douceur sucrée (fruit, fruit sec, gâteaux). 14h00 : théorie, 16h00 : yoga, 18h00 : diner, 20h00 : satsang de fin de journée, 22h30 : extinction des feux. 
Voilà pour les données "techniques" ! 

Rentrons maintenant dans le vif du sujet. Pour être honnête, je n'ai pas du tout apprécié le "tout discipline" de ce lieu, sans doute parce que je l'ai ressenti comme une autorité arbitraire et non comme un accompagnement vers une ascèse salvatrice menant à l'harmonie de mon être. Cahin-caha, j'ai malgré tout réussi à me composer un séjour me réservant des temps pour moi, où je réussissais à m'échapper du programme imposé. Cependant, lorsqu'un jour en quittant le satsang du soir avant la fin, je me suis retrouvée face à une "pionne/gardienne" prenant le nom des personnes qui "s'échappaient", mon opinion s'est définitivement scellée, je n'adhérais pas à ce lieu.
Ne vous méprenez pas, je suis très heureuse d'avoir vécue cette expérience, car j'en garde des souvenirs, pratiques et rencontres mémorables.
Il y a d'abord eu ces retrouvailles avec le fameux mantra découvert à Vrindavan :


Hare Krishna, Hare Krishna, Krishna Krishna, Hare Hare,
Hare Rama, Hare Rama, Rama Rama, Hare Hare


Regardez cette image, et imaginez toutes ces personnes avançant une à une mais toutes ensemble, en ligne, jusqu'à l'assiette qui sera la leur, avant de s'asseoir en tailleur sur la natte prévue à cet effet. Lorsque toutes les personnes seront entrées, lorsque la prière sera faite, le mantra chanter par les karma-yogis cessera, le silence s'imposera, et tous nous mangerons sans couvert et de la main droite notre généreux repas.
C'était donc le même rituel que matin et soir nous vivions au moment des repas. Je l'ai apprécié, et drôlement même. La nourriture et le plaisir de la partager ne sont pas un dû, alors MERCI.


Nos repas à l'ashram © Jessica Kirkpatrick


Et puis bien sûr, les cours de Yoga étaient géniaux (je parle donc ici des exercices physiques). Ils démarraient toujours par les exercices de respiration (c'est apparemment la spécialité de Sivananda, car d'ordinaire, ils se font plutôt après les assanas). Nous continuions avec les assanas pour terminer par la relaxation.

Il est assez aisé d’accroitre sa souplesse en pratiquant régulièrement ces assanas. En fait, pour faire simple : le but est de réaliser les différentes postures, et de les tenir un temps approprié, afin qu'elles apportent les bienfaits escomptés : massage des organes internes, circulation sanguine, amélioration de la vision, etc.
Vous auriez dû voir nos têtes à la sortie de ces cours, comme si on sortait d'une bonne nuit de sommeil. Incroyable !!!! Voici Dominique, détendu, heureux...



Dominique...bien accroché à son tapis de Yoga

Trêve de plaisanteries, le yoga m'a fait un bien fou : je souhaite qu'il s'enracine dans ma vie. Les changements les plus remarquables s'opèrent dans l'instant grâce à la relaxation et l'effort physique, et ceux qui s'inscrivent dans la durée, sont plutôt les bénéfices de la respiration : j'ai l’impression que je ne chante plus faux (d'accord la mise à l'épreuve est nécessaire) !

À l'ashram, j'étais logé dans un dortoir : chacun son lit, chacun sa moustiquaire. J'y ai très bien dormi, et les réveils de 5h30 m'ont semblé si "normaux". Et puis surtout, j'y ai fait de très jolies rencontres.

J'ai beaucoup rit avec Dominique et Claire, deux amoureux rebelles, j'ai été touchée par Agnès, ma voisine de lit allemande, et puis il y a aussi eu ces iraniennes, cet américain, ces israéliennes, ce brésilien, and the last but not the least, Vicky et Jessica, deux australiennes mère et fille, avec qui je continue actuellement mon périple, et puis Virginie, qui m'est apparu si familière à l'instant même où mon regard s'est posé sur elle. Elle avait commencé son voyage avec son amoureux et son fils, avant de faire cette retraite à l'ashram. Nous nous reverrons en France c'est sûr !



Une journée dans l'Ambassador...

... avec Virginie...

J'ai très peu photographié l'ashram, sans doute car mon cœur n'y était pas. Mais voici deux images que j'aime : de la culture hindouiste en barre ! 
Pour finir, sachez que mon niveau d'anglais m'a drôlement limité au sein de l'ashram, tant du point de vue des acquis théoriques que d'un point de vue plus social ! Ma décision est donc prise, j'irai passer le mois de juin en Angleterre ou en Irlande, et j'y intégrerai un cours de langue intensif !



Iconographie hindouiste











Mouvance
J'ai quitté Trivandrum ce matin, où j'ai passé une nuit, après avoir quitté l'ashram Sivananda. Je suis en slepper class, dans le train numéro 6476 en direction d'Allepey. Je suis dans un compartiment pour dames. Non pas qu'il leur/nous ai été réservé à l'avance, non, mais de fait en Inde, les femmes se rassemblent. Dans les trains, dans les temples, dans les églises, dans les rickshaws, à l'unisson, elles convergent et habitent ces espaces éphémères, qui tour à tour intéressent ou indiffèrent les groupes d'hommes alentour. Une grande complicité semble par ailleurs les/nous lier ; femmes-enfant, femmes-mère. Il est vrai que le rapprochement des sexes se fait naturellement dans toutes les sociétés, c'est une affaire de sensibilité, de partage, et sans doute de choses qui nous dépassent, et nombre d'anthropologues et sociologues ont dû étudier la question. Mais dans la société indienne, ce rapprochement prend une tournure particulière car il semble être excluant envers la gente masculine. Hormis de rares étudiants et étudiantes que j'ai croisé dans le métro de Delhi, hommes et femmes ne semblent pas se mélanger, du moins pas avant le mariage. 

Dans le train, entre Varkala et Trivandrum, avant d'arriver à l'ashram

Dans mon compartiment, les langues se délient. Je suis avec Vicky et Jessica, elles sont mère et fille, elles viennent d'Australie. Nous nous sommes rencontrées à l'Ashram et avons décidé de passer quelques jours ensemble dans les backwaters du Kerala. On nous demande donc d'où on vient, quels sont nos prénoms, combien de temps nous voyageons en Inde. La question récurrente de notre situation amoureuse n'est pas encore tombée, pour cause, se sont le plus souvent les hommes qui la posent. Dans cet espace ouvert sur le couloir, il fait chaud mais c'est supportable, car les fenêtres sont ouvertes, et puis les ventilateurs fonctionnent aujourd'hui.
Ici, on voit la vie en bleu : bleu vinyle, bleu formica, bleu métal, bleu linoléum, puis tout à coup, dans les compartiments pour dames, c'est un feu d'artifice de couleurs : rose robe, orange foulard, rouge collant, vert sac, bleu chaussure, violet ongles.
Et ces regards....


Vicky et Jessica, dans la taxi Ambassador, entre l'ashram et Trivandrum



A propos du mariage, une conversation singulière avec l'homme à la moto de Kochi m'en a appris de bonnes. Comme vous le savez probablement, la majorité de mariages indiens sont « arrangés », et ce qui est le plus déterminant dans le fait de marier Monsieur à Madame, c'est ce qu'en dira l’astrologue. En effet, à partir des noms, dates et lieux de naissances des deux parties, il validera ou non la compatibilité des jeunes époux. Bon, en fait, ça je le savais déjà. Ce que j'ai appris plus récemment, c'est que les mariages d'amour, qui existent malgré tout, tout en étant largement minoritaires, s'avèrent statistiquement malheureux. Alors que les mariages d'amour se finissent le plus souvent par un divorce, les mariages arrangés semblent avoir de beaux jours devant eux. Pour ma part, je vois surtout d'un côté l'essai libertaire, sans doute difficile à tenir dans une société aussi traditionnelle, et de l'autre, la reproduction nonchalante des coutumes à l’œuvre dans les générations précédentes.



C'est je crois à ce moment précis de mon récit, que je dois vous raconter une chose pas commune qui m'est arrivée lorsque j'étais encore à Vrindavan. 

Vous vous souvenez peut-être d'Arabindoshastri, (Sashtri pour les intimes), l'un des brahmanes en charge de l'Ashram Sitaram où je logeais avec Isabelle. Shastri, malgré sa personnalité extravertie, est un homme des plus sérieux et des plus rigoureux lorsque l'on touche à la religion. Ses savoirs semblent être grands en la matière et l'astrologie védique l'une de ses spécialités. Ne me demandez pas de vous expliquer la différence entre l'astrologie telle que nous la connaissons en France (ou pas) et celle-ci, je serais bien mal en peine de vous répondre. Tout ce que je peux vous dire c'est que j'ai vécu une expérience incroyable, aidée à la traduction par Isabelle qui après deux mois passés à Sitaram maîtrisait bien l'anglindienshastrien.

Arabindoshastri
À partir de mon nom, de mes date, heure et lieu de naissance, Shastri a obtenu un document totalement incompréhensible pour moi, nommé Kundali. De ce document, il a tiré les informations qui lui ont permis de me raconter mon passé, de me parler de mon avenir et de répondre aux quelques questions que je lui ai posées pour finir.
Tout ce que m'a dit ce grand astrologue était précis et juste : de mes problèmes de digestion à ma mère qui parle beaucoup (quand mon père semble plus silencieux), d'un contrat de travail éprouvant s’étalant de décembre 2011 à juin 2012, à la fin d'une mission qui en se terminant le 10 avril 2013 me permettra de retrouver mon énergie, et puis il y a aussi eu le nombre d'hommes que j'ai aimé...
Pour le futur, il a vu ce que je mets en place actuellement dans ma vie, ce que moi même je pressens. Je garderai pour moi ce qui relève de mon intimité, mais je dois vous avouer que j'aime assez l'idée d'avoir des articles dans la presse me concernant, rapport à une exposition photo, en juillet 2014 ! Devrais-je donc envoyer mon travail à tous les festivals se déroulant en juillet ? Mais que faire ??? Dis moi Shastri !




Trêve de plaisanteries et sujet clos.
Alors : envieux ou circonspects ?


Tourisme
Ces quelques jours que je passe avec Jessica, Vicky, et l'homme de la famille qui nous a rejoint, sont doux, agréables. Il y a d'abord eu cette invitation à passer une journée avec eux dans ce luxueux "resort" avec ouvreurs de portières, transporteurs de bagages et serveurs dévoués. Bon tout ça, c'était très agréable, mais croyez moi ou non, le vrai luxe s'est simplement avéré être un matelas douillet, une couette enveloppante et l'air conditionné !

L'anachronisme du luxueux resort d'Allepey, sur l'invitation de ma famille adoptive australienne



Nous sommes actuellement sur une petite île des backwaters du Kerala, dans une maison d'hôte simple mais confortable. J'y ai pris un cours de cuisine keralaise et découvert tous les usages de la noix de coco qui foisonnent dans cette région.
Nous reprendrons la route demain pour Munnar, une ville célèbre pour ses plantations de thé, dans les Ghats Occidentaux (une chaine de montagnes).


Je vous laisse pour l'heure,
 dans vos pensées avec Virginie.


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