"Je suis une créature émotive.
Ne me dites pas de ne pas pleurer.
De me calmer, de ne pas être si
extrême, d'être raisonnable.
Je suis une créature émotive.
C'est comme ça que la terre s'est
faite.
Que le vent continue à polliniser.
On ne dit pas à l'océan atlantique de
bien se tenir".
Extrait des Monologues du vagin
Voici un texte bien
à propos pour débuter ce dernier post franco-indien, qui aurait
tout autant pu commencer par un universel mais pourtant singulier
« C'est l'histoire d'une fille qui... ».
Un être de chair
et de sentiments qui s'est frotté à une entité protéiforme et
inconstante, un monde bruyant et extrême, une nature abimée,
poussiéreuse, aride ou abondante.
Qui… a le sentiment d'avoir quitté l'Inde sans lui dire au revoir,
… a trouvé des réponses mais
rentre avec de nouvelles questions,
… s'est constatée plus que jamais
intuitive, aimante et aimée, intransigeante,
et qui … tutoie de nouveau ses
angoisses.
Un être sensible
et fort qui a su apprivoiser la nature d'apparence sauvage d'un fou
pays.
Une voyageuse à
l'esprit ouvert et au cœur sincère qui s'est pourtant retrouvée
face à ses propres limites.
Je n'ai pas aimé
le Rajasthan.
Ayant en tête que cet État était le plus touristique
d'Inde, j'avais initialement décidé de ne pas y aller. Et puis
libre de tout, donnant petit à petit vie à mon voyage, j'ai
finalement pensé que conclure mon périple là-bas ne serait
peut-être pas si mal. Vous m'aviez donné envie.
Quelques semaines
plus loin, mes intuitions de côté...
Bundi m'a rendu
triste et Udaipur m'a agacé quand Pushkar m'a réconforté.
Oui le Rajasthan
sait être beau, mais le problème est sans doute qu'il ne le sait
que trop. J'y ai été , comme nulle part ailleurs en Inde,
sollicitée dans la rue par les marchands ou bien par des enfants
nullement dans le besoin, mais qui mécaniquement te demande le stylo
ou le roupis. J'y ai fait des rencontres qui m'ont rendu triste. J'y
ai croisé trop de français, mais ceux là, ils ne m'ont pas touché.
Ils m'ont raconté leur Inde. Ils ont abîmé la mienne. Ils m'ont
dit des choses que je n'avais pas envie de savoir peut-être...
l'autre côté du miroir.
Et tout à coup, en
moi, le Rajasthan est devenu Maroc.
Pas l'énergie de
continuer ailleurs...
Mais heureusement,
parfois la beauté s'est immiscée, et j'ai aimé
… y croiser
Pauline, (rencontrée à Nantes au festival des 3 continents),
surprenante Pauline,
… y régaler mes
yeux de la beauté d'Udaipur,
… y retrouver la
cuisine de l'Inde du nord,
… me sentir
princesse au Dream Heaven,
… retrouver en
Pushkar la dynamique d'une ville sacrée et ainsi conclure mon voyage
comme il avait commencé.
Au milieu de tout
cela, il m'est arrivé cette chose que l'on a tous vécu : vous
êtes à une fête chez des amis, vous passez une très bonne soirée,
et puis tout à coup, subitement, vous sentez que pour vous, la fête
est finie, qu'il est temps de rentrer.
Et ce matin là,
elle m'a dit au revoir.
Au milieu d'un
désert, dans cette minuscule gare routière, elle est ré-apparue.
Elle, c'est cette prière que Virginie et moi aimions tant, cette
prière découverte dans le sud de l'Inde du Sud presque deux mois
auparavant. Parce que le soir même j'allais la quitter, elle me
faisait ce cadeau, une sorte d'attention comme pour me dire « Ne
t'en fais pas, je ne suis pas facile et tu t'en es bien sortie. Ça
va aller, tu verras ». Je n'ai pas su quoi lui répondre.
J'ai quitté l'Inde
une semaine plutôt que prévu pour retrouver Mayne, cet autre pays
qui me bouscule.
Rendez-vous les 18/19 mai,
à la Galerie Éphémère du 19 rue Roiné
(Trentemoult - 44)
dans le cadre de l'Art prend l'Air


