21/06/2012

Prendre la route

où le récit semi-fictionnel d’un partir ailleurs
 
Un jour, comme ça, j’ai décidé que je devais partir, que c’était le moment. Presque du jour au lendemain, j’ai quitté amoureuse, maison et travail. J’avais conscience que mes amis allaient me manquer, mais bon après tout, où que je sois, ils resteront mes amis. Je ne savais pas vraiment ni ce que je cherchais ni ce que je trouverais. Je me souviens qu’il était important pour moi que ce départ vers un ailleurs encore inconnu ne puisse en aucun cas ressembler de près ou de loin à une fuite ; et cette fois-ci, j’en étais sûr, ça n’en était pas une.

Je ne saurais pas vraiment expliquer pourquoi, mais ce jour là, alors même que la minute précédente, aucun changement radical d’aucune sorte n’était d’actualité, ne serait-ce que dans mes pensées, pourquoi la minute suivante l’évidence s’imposait à moi : j’allais tout quitter et partir.
C’est vrai que c’était quand même étrange d’expliquer avec cet enthousiasme insouciant que j’avais pris cette décision, comme ça, subitement !

Je me souviens des premières réactions des copains : ils étaient surpris bien sûr, mais je crois aussi, confiants et envieux d’une certaine manière. D’autres ont surement imaginé que c’était une lubie passagère, une de mes nouvelles extravagances !
J’ai aimé comme certains ont tout de suite compris que c’était sérieux, compris bien avant moi que cette décision qui semblait sortir de nulle part était en fait le résultat d’un chemine- ment, de réflexions et de choix dont les premières manifestations se situaient trois années auparavant...



 J’ai aimé vous observer durant mes déplacements. Vous étiez songeurs, curieux, parfois inquiets. Je m’amusais à imaginer les raisons de votre présence à mes côtés. Pour certains, vous partiez en vacances, pour d’autres, c’était vers le pénible labeur du travail quotidien que vous vous dirigiez, les plus chanceux allaient retrouver l’être aimé, les plus tristes avaient pris la fuite...
Vous m’observiez peut-être aussi ?




C’est vraiment étonnant la façon dont le temps s’étire comme jamais lorsque l’on part vers l’inconnu. J’aime cette sensation, j’ai d’ailleurs appris récemment qu’il y avait une réponse scientifique pour l’expliquer...
La ressentez-vous aussi ?




Je suis arrivé hier et je me sens bien. Je ne sais toujours pas ce que je cherche, mais je perçois étrangement que c’est ici que je pourrais le trouver... Je vais donc poser mes valises un temps, dans cet ailleurs singulier poétique, utopique et riche en complexités...




29/04/2012

Un possible à Mayne # 4



Bonjour bonsoir. Après une absence justifiable mais impardonnable, me revoilà en partage de quelques possibles à Mayne… Vous pouvez constater que j’ai survécu à l’hiver, aux élections, et à l’ensemble des choses qui m’ont fait froid dans le dos. Mes convictions se renforcent tandis que mes besoins s’assouplissent : quelques crises d’angoisses plus loin, je me porte bien, et même très bien ! 


120 jours, 3 escapades, -18°, 6 mois, 28 heures, 32 ans, 1 cochon, 3 concerts, 4 spectacles, 1 formation, 1 amoureux, 2 copines de passage, 8 anniversaires, 1 arrêté préfectoral, 6 départs, 4 arrivées, 2 maladies chroniques, 1 transhumance, 1 poêle pour adoucir l'hiver, du soleil pour saluer le printemps, 1 jardin au réveil, le tout au cœur d'une bulle utopique bien réelle !

Recherche quotidienne du mieux-faire : "qu'est ce que je mets au menu today ?"
Une nature emprisonnée

Fourmis et colibris
Je vis actuellement dans un département où le Front National a obtenu plus de 27% des voix au premier tour des élections présidentielles du 22 avril. A vrai dire, c’est la seule chose que je savais du Vaucluse avant de venir y vivre : le FN y est très présent, trop présent... Je ne suis du coup, pas mécontente d’avoir déposé mon bulletin ici plutôt qu’ailleurs.

Une transhumance au départ





 
Non, je ne vais pas quitter illico presto ces terres qui me ravissent, oui je vais essayer de comprendre pourquoi ce département en est arrivé là, et re-oui, j’espère trouver un mode d’action qui chatouillera les esprits locaux les plus obtus. Pour l’heure, je suis formée/déformée aux outils de l’éducation populaire pouvant être mobilisés face à l’enjeu de transformation sociale qui s’impose à nous. (...mais reste à définir le nous...)
Les hommes se regroupent parce qu’ils se ressemblent : qu’ils partagent une culture, une langue, une nationalité, un milieu social, une couleur politique, une passion ou bien une indignation, ils se rassemblent, naturellement, autour de valeurs et repères communs. Parallèlement, la perméabilité des groupes favorise la circulation des idées, les rencontres et les enrichissements qui font de nous des êtres ouverts, curieux, capables d’empathie et d’altruisme. Voilà pour la théorie, l’idéal. En pratique, nous cultivons les entre-soi qui maintiennent les clivages sociaux, culturels et politiques et reproduisent les rapports de domination. Je continue de faire ce constat, et j’avoue volontiers que ça m’agace !
Beh oui, s’indigner, manifester, tenter d’imposer ses idées et ses valeurs (car ce sont évidemment les meilleures !?), c’est utile, mais bon, ça va pas suffire ! Je crois sincèrement (mais peut-être naïvement) que les rencontres interculturelles et inter-sociologiques sont un outil majeur pour la déconstruction des préjugés et l’ouverture des esprits. C’est important, mais là encore c’est pas suffisant. C’est sûr, expérimenter d’autres modes de vie qui placent la nature et l’humain au cœur des bienveillances et qui amoindrissent les comportements consuméristes, c’est nécessaire. Mais si ces initiatives n’essaiment pas pour passer du statut d’« expérimentation alternative » à « mode de vie dominant », quels apports pour l’intérêt général ? Quant aux médias, le soit-disant 4ème pouvoir qui devrait « dénoncer les abus contre le droit, corriger les dysfonctionnements de la démocratie pour polir et perfectionner le système politique » : ils sont devenus les « chiens de garde de l’ordre économique établi ».
(cf. l’article « le cinquième pouvoir » par Ignacio Ramonet)


Le capitalisme libéral et mondialisé est un monstre tout puissant qui vampirise terre et hommes. Fini d’espérer, pas de super-héros à l’horizon mais plutôt une armée de résistants pacifistes qui se (re)connaissent mutuellement ou non, mais qui chacun de leur côté et parfois ensemble font leur part. 
(cf. le mouvement Colibris)

Et pour tout vous avouer, je la cherche encore...ma part !


Self-portait in Cévennes

Autrement
Il y a un an, mon ami Damien a suscité mon intérêt pour le vivre autrement en collectif en me parlant de la communauté Longo Maï. Après avoir lu quelques articles au sujet des Longos et du mode de vie de la communauté, charmée, je me suis surtout dit que moi, exemplaire produit du consumérisme et de l'individualisme, (certes en quête d'une autre voie et faisant un travail sur moi), je serais incapable de faire un choix de vie aussi marginal. Pourtant, après 8 mois passés à Mayne, (et la lecture du Sentier des Utopies), je crois de plus en plus que la vie en collectif est l’un des cadres du vivre ensemble d’un demain sobre, respectueux des hommes et de la nature, et le terrain privilégié de la démocratie.  C'est sûr, c'est pas toujours facile de partager sa chambre, d'accepter des règles ou des fonctionnements décidés par le groupe, de parfois manquer de calme. Pour autant, si ce cadre concoure au mieux-être des personnes, s'appuie sur une bienveillance mutuelle, élargie aux animaux et à la terre, qu'il permet un recentrage d'individus libérés car éloignés de toutes propagandes marketing, sociétale et familiale : aussi singulier soit-il, je veux continuer d'explorer plus en profondeur cet autre voie/x !

Nous vivons en collectif ici, mais ce qui fait aussi la singularité du projet de La Croisée des Regards (et donc de la vie à Mayne), c'est la forte prégnance du volontariat, qui donne une teinte toute particulière à la tâche à exercer. Ici, pas ou peu d'obligation : comme je l'ai déjà dit, Mayne est surtout un terrain d'expérimentation où chacun peut faire sa part, à son rythme.


...Se laisser gagner petit à petit par le lieu, les espaces, les matières...


6 heures du mat, 100 litres d'eau à chauffer pour se préparer à tuer le cochon


Du vrac régulier mais pas routinier !
Avec les Belges !
On a reçu deux groupes de volontaires ces derniers mois : les uns venant du Vaucluse et démarrant un service civique avec Unis-Cités, les autres venant de Charleroi en Belgique avec l'association Solidarcité. C'est toujours un plaisir de voir débarquer des groupes à la maison, même si c'est pas de tout repos ! 
Parallèlement, nous avons de nouveau accueilli les jeunes collégiens de l'atelier relais d'Avignon ( un ptit film par ici).

J'ai comme à mon habitude vu quelques spectacles et assisté à plusieurs concerts. Je garde en mémoire "Lignes de Faille", un spectacle de quatre heures tiré d'un ouvrage de Nancy Houston, un petit bijou de théâtre contemporain. Je n'oublierai pas non plus le concert de I'm from Barcelona : la quinzaine de musiciens/chanteurs toute engoncée sur la petite scène de la Gare de Coustellet et le plaisir partagé avec les Belges qui ont adoré ! Pour la déception, j'oublierai vite le dernier spectacle de Maguy Marin, qui m'a fait mal aux yeux et aux oreilles !

Sur scène : Anthelme Millon et Alina Orlova

Quotidien
A la maison, entre le travail le matin, parfois l'après-midi et souvent le week-end, et la couture, la photo et la lecture, pas le temps de s'ennuyer (quoique, j'essaie de pratiquer l'oisiveté...mais rrrrhhh toute une éducation à refaire !).
Je donne naissance à des petits oiseaux de tissus, fabrique en toute patience de beaux vêtements d'après patrons, lis avec toujours autant de plaisir les revues XXI et 6 mois et m'apprête à passer mon premier été en région PACA !


Vous reprendrez-bien une dose d'Alain ?




Liberté, où te caches-tu ?




Des départs en pagaille, des festivités, et une soirée Well-Dress avec Anna-Bella, Nicia et Élisa, les belles du soir




Pépite
Lire à haute voix à son amoureux ou son amoureuse
"Lettre à D" par André Gorz



Les femmes qui causent Méjéan...

Au travail
Je suis encore sous contrat jusqu'à la fin du mois de juin. Après quatre mois de direction intérimaire, je transmets petit à petit le bébé à Vicky, qui est venue reprendre la direction du projet à long terme. Mon été sera volontaire, et je crois principalement au beau milieu du potager biologique.
Pour la suite, un beau projet se dessine, je vous en dirai plus la prochaine fois (... mais un ptit indice, le tout sera photographique...).

Pour l'heure, j'ai du pain sur la planche pour que le projet de La Croisée des Regards survive aux visions institutionnelles et militaires ! Petit rattrapage des épisodes précédents > le domaine de Mayne se situe dans les monts de Vaucluse, dans une zone classée à fort risque incendie. Concernant la lutte contre les feux de forêts, deux visions s'opposent : certains pensent qu'il faut maintenir des activités et de la vie dans les massifs, éclaircir les zones, débroussailler et protéger, quand d'autres préfèrent vider ces mêmes massifs de toute présence humaine, ainsi, si incendie il y a, pas d'intervention des pompiers car pas de vie à sauver.
A ce jour, les pompiers ne semblent pas vouloir nous accorder l'obtention d'une classification ERP (Établissement Recevant du Public) et la préfecture, car il vaut mieux prévenir que guérir, entend nous faire fermer administrativement parlant. Pas de panique mais un bras de fer en perspective > Affaire à suivre


Guido lors d'une escapade parisienne


Mouvements
Je terminais la dernière lettre sur les mouvements de la maison, nous y revoilà, car ça bouge toujours à Mayne...
Cette fois-ci, c'est plus de départs dont il s'agit : un volontariat qui arrive à son terme, une famille qui décide de continuer son chemin en Ardèche, un projet de volontariat interrompu, un berger qui repart dans sa montagne et un éducateur spécialisé qui pense trouver mieux ailleurs ; bref, des projets de vie tout en mouvement, de la liberté d'être, de choisir, de se tromper ou pas !
Mais il y quand même des arrivées ! C'est Vicky et Pablo qui nous rejoignent ce mois-ci, et puis Marouane aussi (mais il est déjà reparti!). Les premiers s'aiment et viennent s'investir dans le projet de La Croisée après quelques années en Argentine, le second devait nous rejoindre dans le cadre d'un service civique de 6 mois.
En mai, c'est Andy un américain qui arrive pour un volontariat de un an, puis à l'aube de l'été, nous accueillerons une volontaire coréenne et un volontaire chinois.


Et voilà !












A la prochaine à Mayne !!!






25/12/2011

Un pOssible à Mayne #3

Vous l'attendiez (oui oui je sais), et la voilà cette troisième newsletter des possibles. On garde la forme (mots et photos), on ajoute des liens pour les copains, et on continue de raconter son quotidien.
Du road-trip des débuts vers le huis-clos du moment : changements (entre Wenders et Polanski mon coeur balance...).
Il n'empêche : cette expérience est ma matière, je m'en empare et vous livre ci-dessous ma vie en partage.


La vraie vie
Voilà quatre mois que je vis ici. Au début, au grand dam de Yoann, quand je parlais de "ma vie d'avant", ma vie ailleurs, je disais "la vraie vie". J'avais besoin de verbaliser la différence jusqu'à la rupture. Je ne pouvais encore croire en la possibilité d'une "vraie vie" si différente de ce que nous impose notre espace temps contemporain. C'est souvent avec humour et de manière anecdotique que je mobilisais ce qualificatif. Cela me rassurait sans doute ; le lien était alors encore plus fort avec cet ailleurs qu'avec l'ici. Depuis, je me suis surprise à employer cette expression en parlant de ma vie à Mayne...

En attendant le repas, Anaïd en pleine lecture
Chez soi
Parfois, j'éprouve le besoin de sortir, plus rarement de m'échapper, et c'est bien normal. Je me souviendrais toujours de ma première fois, le moment du retour : toute la maisonnée assise autour de la grande table prête à dévorer le dîner, le bruit, les discussions, les bisous, le bonheur de se retrouver. Pour la première fois je rentrais à la MAISON.
Cette vieille bâtisse magnifique, poussiéreuse et rustique est devenue ma maison ; voilà ce qu'elle m'inspire. Toi qui vis ici avec moi, tu es tout à la fois mon ami, mon collègue, mon voisin, ma famille, mon frère, mon amour, mon colocataire et mon employeur, tu es un enfant, un adolescent, ou encore un adulte à différents moments de sa vie, tu es une femme ou un homme ; tu es tout ça et tout autre.


Un moment de transmission Père/fille : Alain et Elisa
Socio-logiquement
Il y a quelques jours à table, nous nous interrogions sur notre vie à Mayne, sur l'identité du groupe : à quoi ressemble-t-il le plus ? La famille avait bien sûr déjà été évoquée, notamment dans la bouche des volontaires, la coloc aussi. Mais pour la première fois j'entendais le mot entreprise. J'étais vraiment surprise. Pourtant, dans la bouche d'Alain le fondateur et ancien directeur de l'association et celle de Yoann, le responsable de l'accueil spécialisé, cette impression avait toute sa légitimité. Quelque-part, je le ressens aussi depuis quelques temps.
Avec Yoann, nous avons travaillé comme des forcenés ces dernières semaines. Les deux nouveaux salariés que nous sommes saisissons à bras le corps les missions qui nous ont été confiées. Mon volontariat s'est transformé en salariat, mais est-ce le statut ou bien les missions qui modifient le rapport à l'action ? Dans mon cas, j'ai tendance à penser que c'est le missionnement, car ça fait déjà un mois et demi que je travaille de cette manière, alors que je ne suis salariée que depuis le premier janvier. Quoique, c'est bien le coût du salariat pour la structure qui nécessite un développement d'activité économique ?


Une vidéo par ici
Avec Anna-Bella et Marie-Pauline, notre stand au marché de créateur à la Gare de Coustelet



Attention Danger Travail
J'ai quitté le monde du travail pour éviter toute situation d’aliénation avec ce dernier. Pourtant, même au sein d'un lieu avec une histoire libertaire et des valeurs humanistes, je saute encore le pas. Mon éducation me rattrape, ma capacité à identifier les besoins est toujours là, mon envie d'accompagner exulte... je me perds à nouveau.
Plus de temps pour moi alors que ça faisait partie du contrat moral : accepter le poste de directrice intérimaire mais continuer de me consacrer à mes projets personnels ! Je ne vais pas vous faire le coup des bonnes résolutions de début d'année, mais simplement me rappeler à l'ordre, me fixer les justes limites, trouver l'équilibre entre contrôle et lâcher-prise.
En tout cas, il est grand temps que je commence ma formation de Déformation Continue avec les comparses toulousains de Franck Lepage...


Gueules d'amour
Cette semaine, je suis à Nantes pour revoir les amis, ça fait du bien. J'ai joué la paparazzi : voici quelques trognes biens sympathiques...

La miss Rapha pour un moment bien de chez nous : huitres et beurre salé !


Le trio de choc avec Yann et Rico
Welcome Anne-Sophie
La reine Sabah pour un moment couscous à la Kasbah
Florence et Ben sur le quai de la gare

Plaisirs et ptits bobos
Éblouissant Ali
Il n'y a pas que le travail dans la vie (c'est le moins que l'on puisse dire...), il y a aussi l'anniversaire de Marianne, les boeufs improvisés, les marchés de créateurs, les concerts passés ou à venir des nantais en tournée (Katerine, Dominique A, Francoiz Breut ou Mansfield TYA), une réduction spectaculaire des 26000 couverts, les randonnées sous la pluie, les repas toujours partagés, les blagues du Black Shepherd, mes premiers cours de chant, Salves le prochain spectacle de Maguy Marin, l'adsl pour arte+7 avec Agnes Varda, Mayne sous la neige, un futur week-end à Lyon, mes escapades dans les Alpes et à Toulouse, les retours à la maison, et tous ces petits riens qui font aussi les grands bonheurs...

Et pour les ptits bobos, ils sont essentiellement équestres : un orteil de pied écrasé par Ponette et mon majeur droit croqué par Etoile.


ET  VOILA !



Bougeottes
Photo-pocket : les instants magiques
Comme je vous l'ai déjà dit, ça va ça vient à Mayne : quand les uns partent, les autres arrivent. En fin d'année, c'est Marie-Pauline qui a ouvert le bal des départs, bientôt Anaïd la suivra et repartira au Mexique. Fin décembre, c'est Gilles qui s'est installé à la maison (un breton super chouette) et début Janvier, Alexander nous arrive...de Russie ! C'est pas génial tout ça ?
En cette période de fêtes, il y a aussi eu les détours en famille : Anna-Bella est en Finlande pour un mois et demi, Nicia est revenue du Portugal, Jana d'Allemagne, et Anne, Anthelme et Merlin de leurs périples régionaux.


Les instants musicales : Yoann à la guitare


Pour l'heure, la vie va reprendre son cours à Mayne, pas tout à fait comme avant et pas vraiment comme après, mais, c'est ça qui est bon, non ?



Varda par là

"Les artistes inventent pour nous comment exprimer nos émotions"
Agnès Varda
Agnes de ci de là Varda - Episode 3/5 - Arte+7

06/11/2011

Sarah

Quelques images de la dernière séance photo avec Sarah.


03/11/2011

Un pOssible à Mayne #2

Voilà maintenant 6 semaines que je suis arrivée, pourtant, j’ai l’impression d’être ici depuis des mois. Vous me comprendrez aisément : vivre, travailler, faire la fête et partager le quotidien avec les mêmes personnes, ça intensifie les perceptions, ça développe les relations. On est toujours nombreux à Mayne : certains sont partis tandis que d’autres arrivent. Les repas sont toujours aussi goûtus et copieux. On cuisine et mange désormais à l’intérieur, les chaussettes sont entrées dans les tongs, et on envisage d’allumer le poêle à bois. Pour ce retour sur ces dernières semaines, je vous propose une newsletter à la sauce du moment : micro-bilan, utopies, projets, «coup de cœur artistique», escapades et pas de côté.


Micro-bilan
La préparation du petit déjeuner : le café à la louche !
Dans la première newsletter, je vous ai un peu expliqué la vie à Mayne : les tâches qui incombent à tous (cuisine, ménage, animaux), le chantier et mes premières prises de repères culturels. Six semaines plus tard, les règles quotidiennes sont toujours les mêmes : je me réjouis de mon abonnement à la médiathèque de Cavaillon, j’adore mon libraire de l’Isle sur la Sorgue et j’exulte à chacun des spectacles de la scène nationale. Pour autant, même si rien n’a changé, tout a changé : je trouve petit à petit ma place à Mayne et dans le projet associatif de La Croisée des Regards, je me nourris presque quotidiennement de lectures ou de rencontres qui éclairent le chemin de traverse que je m’apprête à prendre, je commence à percevoir les moyens d’actions qui me conviendraient pour atteindre cet état d’être et de faire en résistance, bref, ça fuse, ça bouscule, ça empêche de dormir mais qu’est-ce que c’est bon !

Explications 
Pour rappel, il y a quelques mois, sur la route du retour des vacances à la montage, en gros, entre Cauterets et Nantes, je me suis dit : « J’aimerais bien me rapprocher de la montagne, tiens, mais si j’allais m’installer à Toulouse ! ». Aussi subitement que ça, j’ai donc décidé de quitter Nantes. D’aucun m’ont demandé si j’avais trouvé un job là-bas, quand les autres m’interrogeaient sur l’éventualité d’un amoureux toulousain ; il n’en était rien. Je décidais de quitter ma ville, mes amis, ma famille, mes assos, mon chat, mes réseaux, bref tous mes repères, pour rien ; enfin j’aime à penser que c’était plutôt pour une infinité de possibles.

Histoire de donner corps à ce projet, je suis allée en juin prendre la température à Toulouse. J’ai été hébergée durant quatre jours par Teddy, un couchsurfeur en or, j’y ai croisé Djuls et Bérénice (des amies d’amis), j’ai arpenté la ville, adoré le quartier Saint-Cyprien,  j’y avais même trouvé un labo photo !



Retour à Nantes concluant, le projet de départ était validé, j’irai m’installer à Toulouse courant septembre.

Et puis il y a eu l’été...
On a trouvé ces chauves-souris toutes effrayées,
je sentais les battements de leur cœur
dans le creux de mes mains.

J’avais envie de faire quelque chose de différent l’été dernier : pas envie de vacances consuméristes bien sûr, et l’exotisme de la découverte d’un pays étranger ne me branchait finalement pas plus que ça. J’en concluais que ce qu’il me fallait, c’était des vacances actives en France. Encore une fois, c’est une rencontre qui m’a fourni la réponse. Emilie, une jeune couchsurfeuse québécoise que nous avons accueillie dans notre colocation, m’a parlé des chantiers de restauration de patrimoine (elle en revenait) ; c’est donc comme cela que je me suis retrouvée à travailler sur la Chapelle Saint-Christophe à Lafare, dans le Vaucluse, durant deux semaines cet été.

Comme une rencontre n’arrive jamais seule, c’est aussi par ce biais que je me suis retrouvée à reporter le projet toulousain pour faire un pas de côté à Saumane de Vaucluse.

Un soir du début du mois d’août, alors que je rentrais d’une visite théâtralisée du pittoresque village du Bosset, en traversant le terrain de boules du village, je me suis faite interpellée par des pharisiens (> habitants de Lafare) évidemment bien sympathiques. Kristel et Barka connaissaient bien le domaine de Mayne pour y avoir vécues, Barka étant la présidente actuelle de la Croisée des Regards. Elles m’ont parlé du projet, de sa situation actuelle, des perspectives d’évolution. Bref, cette discussion m’avait donné envie ne serait-ce que d’aller voir ce lieu atypique. J’ai donc décidé de décaler mon retour sur Nantes pour avoir le temps d’aller fouler de mes pieds le domaine de Mayne Les Icards. Accompagnée de Titouan avec qui j’avais fait le chantier à Lafare, j’ai donc passé quelques heures à discuter avec Alain (le fondateur et ancien directeur de l’association), tout en découvrant les charmes de ce lieu, tout en essayant de percevoir l’ambiance si singulière qui semblait y régner. Après avoir décliné une invitation à déjeuner avec toute
l’équipée (la sncf ne m’attendrait pas), je suis repartie avec des papillons dans le ventre, charmée par plein de je ne sais quoi.

Guido et Charlotte : le ptit déj du dimanche !
De retour à Nantes, après y avoir réfléchi au moins deux bons jours, je proposais à l’association un volontariat de chargée de développement d’une durée de trois mois. Quelques semaines après, l’association acceptait, ne sachant pas très bien comment recevoir ma proposition, mais elle l’acceptait quand même. 
Voilà maintenant 6 semaines que je suis arrivée, pourtant, j’ai l’impression d’être ici depuis des mois, et ce qui est sûr, c’est que des mois vont s’écouler puisque j’ai décidé de rester ici jusqu’à l’été !

Barka et Charlotte dans la cuisine d’été.
Oser dire non, oser dire oui, oser les débats d’idées, oser se mettre à nu, oser perdre la face, oser partager, oser perdre pied, oser penser autrement, oser crier son dégoût, oser se confronter, oser faire un pas de côté, oser accueillir, oser s’étourdir, oser refuser, oser se protéger, oser s’affirmer, oser se taire, oser partir, oser se décentrer, oser coopérer, oser croire, oser rêver, oser résister !




Les sentiers de l’utopie
ou comment la lecture d’un livre peut bouleverser votre vie.


Il y a quelques semaines, en allant acheter le deuxième numéro de la revue photographique 6 mois (que je vous conseille vivement), mon regard s’est fait happer par la tranche d’un livre pourtant bien engoncé entre ses pairs. On pouvait y lire très distinctement le mot UTOPIE, de couleur orange sur papier recyclé. A peine le livre entre mes mains, aussitôt la quatrième de couverture dévorée, il est devenu mien, et je voudrais qu’il soit vôtre. Les sentiers de l’utopie, c’est le récit de deux militants (artistes et chercheurs en sciences humaines) qui décident de parcourir l’Europe durant un an, à la rencontre d’initiatives post-capitalistes, des collectifs qui ont pour point commun de vivre, produire, manger, apprendre, travailler, aimer, et décider autrement. Le récit s’appuie sur les rencontres avec les personnes portant et défendant ces projets, ainsi que sur des éléments historiques et théoriques qui mettent en perspectives l’expérience. L’auteur a une telle capacité à nous embarquer sur ces sentiers que l’on ne peut que se sentir privilégié de découvrir ces lieux, de rencontrer ces personnes, de rêver avec eux que d’autres voies sont possibles.
Vous serez ébahis devant les comportements et la manière de penser d’enfants scolarisés dans une école anarchiste (Paideia), vous aurez envie de découvrir Can Masdeu la prochaine fois que vous retournerez à Barcelone, vous vous imaginerez tout plaquer pour devenir paysans (Landmatters, Cravirola, Longo maï) et puis surtout vous serez plus chamboulé que jamais parce que la lecture de ce livre vous donnera matière à réflexion et à actions, vous donnera foi en un avenir qui sera émancipé, collectif, militant et sobre, ou bien ne sera pas. Mes amis les plus proches rigoleront bien fort à la lecture de ce paragraphe dont j’ai conscience (soyez rassurés) qu’il pourrait gagner le concours de mes grandes envolées lyriques proutiennes ; et j’ai envie de vous dire, tant mieux !

Les sentiers de l’utopie, un livre-film d’Isabelle Fremeaux et John Jordan. Chez ZONES, un label des éditions La découverte.


Les escapades
Marseille, les Cévènnes, le Mont Ventoux

L’ami Damien, mon ancien coloc, devant la Yourte à Lolo.
Le Mont Ventoux








































































Revenir de loin
Il y a quelques temps, j’avais un CDI, j’étais l’heureuse propriétaire d’un appartement et j’étais amoureuse. J’avais en quelque sorte presque tout pour être heureuse. Pourtant, étrangement, ce sont moins la sérénité et le bonheur qui m’ont chatouillé l’âme que de solides angoisses. J’avais, je possédais, j’accomplissais, comme d’habitude avec beaucoup d’énergies, la croyance de bien faire, l’illusion d’être libre et émancipée. Je consommais les fringues comme les spectacles, une boulimie effrénée visant à combler cette perte de sens qu’engendre la société capitaliste individualiste.

Entre avoir et être j’affirme aujourd’hui vouloir être. Cette prise de conscience est le fruit d’un processus qui s’est étalé sur trois ans : de la reprise de mes études à cette quête du faire et être autrement ; plus en avant, c’est bien évidemment des rencontres et des débats d’idées.
Pendant ces trois ans, j’ai ressenti le besoin de prendre du recul avec mon milieu professionnel, j’ai évité l’engagement, je me suis investi dans différentes associations, j’ai commencé à manger moins de viande, j’étais une heureuse amapienne, j’ai revendu mon appartement, je me suis remise en colocation et puis surtout par voie de conséquences mon réseau social a mué, mon rapport à l’autre évolué et j’ai fait de superbes rencontres.

Croquer la pomme -)
C’est bien dans la continuité et non dans la rupture que mon envie d’ailleurs a émergé. Cet ailleurs aurait pu être un simple copié collé de mon ancienne vie si j’étais partie à Toulouse (ou pas, on ne le saura pas pour l’heure), pour autant, ce n’est pas le choix que j’ai fait, et j’en suis heureuse. Alors, plus que de revenir de loin, l’important c’est maintenant d’y aller !

Je suis libre de mes choix personnels et de mes propositions à l’association. Il s’agit donc désormais de passer à l’action : professionnellement et personnellement.


Je/nous sommes habitués aux cadres, aux missions voir même aux obligations. Lorsque tout devient possible, c’est de la liberté que naissent les vertiges.


To be continued...




Un pOssible à Mayne #1

Voilà maintenant plus d’une semaine que j’ai quitté Nantes. Avant de pouvoir vous donner des nouvelles, il m’a fallu prendre mes marques, trouver des repères, me sentir à mon aise, pour enfin espérer trouver ici ce que je suis venue chercher. Lors d’un pique nique frugal et arrosé sur les bords de l’Erdre, il m’a été fait la proposition de vous donner des nouvelles sous forme de newsletter. Je m’empare donc de cette forme, qui sied à mon envie de vous faire partager cette expérience, aussi bien au travers des écrits que des images. On commencera en douceur avec le récit du voyage pour enfin se poser en douceur au Domaine de Mayne Les Icards ou Mayne comme on dit par ici ! Bonne lecture. 

Partir
Après avoir laissé Fophie entre de bonnes mains (à priori), j’ai pris sereinement la route le jeudi 8 septembre à 7h15. Je suis passée par les nationales (histoire de voir du pays), prenant mon temps ou presque : une pause café/croissant dans la matinée, un sandwich en déambulant dans les rues de Aubenas (aucun intérêt). C’est lorsque j’ai commencé à me rapprocher de l’Auvergne que le dépaysement s’est fait sentir, pour moi, comme pour Dorothée (mon fidèle destrier). Lorsque je me réjouissais de découvrir les paysages des volcans d’Auvergne, Dorothée se plaignait de toutes ces côtes, manifestant son mécontentement en ralentissant, ralentissant, ralentissant... Elle comme moi, n’avons pas particulièrement apprécié la traversée de Clermont-Ferrand, un peu brutale, un peu violente, après notre périple à travers la France rurale. Une fois franchie cette ville, une quatre voies, moins typique mais plus franche m’a tout droit amené jusqu’à ma ville étape : Le Puy en Velay.

Je ne suis pas allée chercher l’eau au puy, je n’ai pas mangé de lentilles et je n’ai pas quitté la ville sans mon fidèle destrier direction Compostelle, pour autant, me perdre rapidement dans la ville, arpenter ses pavés, et observer sa haute statut, a été très agréable. Je me suis d’ailleurs dis que j’y reviendrai (pourquoi pas pour commencer le chemin). A l’heure de l’apéro, je me suis rendue chez Sandra et Amélie, deux jeunes filles O combien sympathiques, qui m’ont accueilli dans leur chaleureuse maison, où m’attendait un lit douillet pour la nuit. Une bouteille de Bordeaux et un repas bio et végétarien plus loin (ça s’annonçait bien !), je me suis endormie sereine, prêt à en découdre avec le reste de mon voyage.

Profiter
J’ai quitté Le Puy le lendemain matin, toute impatiente de fouler de mes roues et de mes pas le département de l’Ardèche. Sur les conseils avisés de mes couch-surfeuses, je me suis arrêtée à Balazuc (site classé « Plus beaux villages de France » et pour cause !) On y trouve le village coopératif du Viel Audon : un chantier participatif qui existe depuis près de 30 ans, sur lequel des milliers de jeunes volontaires internationaux se sont impliqués. Je n’ai malheureusement pas eu le temps de visiter le village (là encore, j’y reviendrai !). Il paraît que durant la saison estivale, l’Ardèche se transforme en autoroute pour les passionnés de canoë kayak ; pas grave, je reviendrai au printemps !

Après avoir traversé les monts d’Ardèche, c’est bientôt dans ses gorges que je me suis engouffrée. Ce fût non sans peur du vide (purée les sensations de vertiges au volant !) et sans angoisse de la panne, car je n’avais plus d’essence ! Tant bien que mal, une fois le réservoir plein, Dorothée et moi avons continué notre route (pas la partie la plus agréable) pour enfin arriver à Mayne en fin d’après-midi.

Faire connaissance
Si le domaine de Mayne Les Icards et le prétexte à cette aventure humaine qu’ai le chantier, c’est la pierre, c’est surtout la diversité de la faune qui interpelle ici : il y a les chiens (Prune et Tica), les 5 chevaux, les 2 chats, les nombreuses poules et surtout l’équipe et les volontaires -)

Ici, dans la cuisine d’été, Annabella, une volontaire finoise et Yoann, l’éducateur toulousain, nous préparent le diner.
Prendre le rythme
La vie est douce à Mayne. On petit déjeune entre 7h30 et 8h00, pour prendre le chemin du chantier vers 8h30. La cloche du déjeuner sonne vers 13 heures, celle du diner vers 20 heures. Chaque jour, une personne différente a en charge les animaux et la cuisine. Quand tu es de cuisine, eh beh, tu prépares tous les repas de la journée, avec talent et créativité, (et souvent les restes de la veille), et puis tu fais un brin de ménage dans la maison. Quant aux animaux, il s’agit d’emmener paître les 5 chevaux là où nourriture ils trouveront et de nettoyer leur enclos. Reste alors à nourrir les poules et les chiens, pour les premières, c’est le compost et les seconds les restes du jour.

Au chantier cette semaine, j’ai fait et re-fait du mortier à la chaux, enlever du lierre qui court sur la maison, et travaillé sur la construction d’une éco-cabane (c’était drôle de fabriquer la boue en la foulant comme on fait avec le vin lors des vendanges !). Bon sinon, j’ai des ampoules, des éraflures et une grosse bosse sur la tête ! Les week-ends sont free comme on dit ! Samedi dernier, je suis retournée dans le merveilleux village du Beaucet que j’avais découvert cet été lors d’une visite théâtralisée. Cette fois-ci, il y avait un concert de jazz manouche. Aujourd’hui, je suis allée à Cavaillon pour constater avec plaisir que la médiathèque regorge de livres et DVD attrayant. J’en suis revenue avec les plaquettes de la scène nationale et d’autres lieux prometteurs. Vous  constaterez que je retrouve mes repères !

Demain, je retourne à Lafare, le petit village où j’ai vécu deux semaines cet été. Je déjeune chez Barka et Kristel (les «responsables» de ma venue à Mayne).

Julia et sa fille Charlotte (des charmantes berlinoises), près des chevaux et du poulailler, au crépuscule.