Voilà maintenant 6 semaines que je suis arrivée, pourtant, j’ai l’impression d’être ici depuis des mois. Vous me comprendrez aisément : vivre, travailler, faire la fête et partager le quotidien avec les mêmes personnes, ça intensifie les perceptions, ça développe les relations. On est toujours nombreux à Mayne : certains sont partis tandis que d’autres arrivent. Les repas sont toujours aussi goûtus et copieux. On cuisine et mange désormais à l’intérieur, les chaussettes sont entrées dans les tongs, et on envisage d’allumer le poêle à bois. Pour ce retour sur ces dernières semaines, je vous propose une newsletter à la sauce du moment : micro-bilan, utopies, projets, «coup de cœur artistique», escapades et pas de côté.
Micro-bilan
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| La préparation du petit déjeuner : le café à la louche ! |
Dans la première newsletter, je vous ai un peu expliqué la vie à Mayne
: les tâches qui incombent à tous (cuisine, ménage, animaux), le chantier et
mes premières prises de repères culturels. Six semaines plus tard, les règles
quotidiennes sont toujours les mêmes : je me réjouis de mon abonnement à la
médiathèque de Cavaillon, j’adore mon libraire de l’Isle sur la Sorgue et
j’exulte à chacun des spectacles de la scène nationale. Pour autant, même si
rien n’a changé, tout a changé : je trouve petit à petit ma place à Mayne et
dans le projet associatif de La Croisée des Regards, je me nourris presque
quotidiennement de lectures ou de rencontres qui éclairent le chemin de
traverse que je m’apprête à prendre, je commence à percevoir les moyens d’actions
qui me conviendraient pour atteindre cet état d’être et de faire en résistance,
bref, ça fuse, ça bouscule, ça empêche de dormir mais qu’est-ce que c’est bon !
Explications
Pour rappel, il y a quelques mois, sur la route du retour des vacances
à la montage, en gros, entre Cauterets et Nantes, je me suis dit : « J’aimerais
bien me rapprocher de la montagne, tiens, mais si j’allais m’installer à
Toulouse ! ». Aussi subitement que ça, j’ai donc décidé de quitter Nantes.
D’aucun m’ont demandé si j’avais trouvé un job là-bas, quand les autres
m’interrogeaient sur l’éventualité d’un amoureux toulousain ; il n’en était
rien. Je décidais de quitter ma ville, mes amis, ma famille, mes assos, mon
chat, mes réseaux, bref tous mes repères, pour rien ; enfin j’aime à penser que
c’était plutôt pour une infinité de possibles.
Histoire de donner corps à ce projet, je suis allée en juin prendre la
température à Toulouse. J’ai été hébergée durant quatre jours par Teddy, un
couchsurfeur en or, j’y ai croisé Djuls et Bérénice (des amies d’amis), j’ai
arpenté la ville, adoré le quartier Saint-Cyprien, j’y avais même trouvé un labo photo !
Retour à Nantes concluant, le projet de départ était validé, j’irai
m’installer à Toulouse courant septembre.
Et puis il y a eu l’été...
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On a trouvé ces chauves-souris toutes effrayées,
je sentais les battements de leur cœur
dans le creux de mes mains. |
J’avais envie de faire quelque chose de différent l’été dernier : pas
envie de vacances consuméristes bien sûr, et l’exotisme de la découverte d’un
pays étranger ne me branchait finalement pas plus que ça. J’en concluais que ce
qu’il me fallait, c’était des vacances actives en France. Encore une fois,
c’est une rencontre qui m’a fourni la réponse. Emilie, une jeune couchsurfeuse
québécoise que nous avons accueillie dans notre colocation, m’a parlé des
chantiers de restauration de patrimoine (elle en revenait) ; c’est donc comme
cela que je me suis retrouvée à travailler sur la Chapelle Saint-Christophe à
Lafare, dans le Vaucluse, durant deux semaines cet été.
Comme une rencontre n’arrive jamais seule, c’est aussi par ce biais
que je me suis retrouvée à reporter le projet toulousain pour faire un pas de
côté à Saumane de Vaucluse.
Un soir du début du mois d’août, alors que je rentrais d’une visite
théâtralisée du pittoresque village du Bosset, en traversant le terrain de boules
du village, je me suis faite interpellée par des pharisiens (> habitants de
Lafare) évidemment bien sympathiques. Kristel et Barka connaissaient bien le
domaine de Mayne pour y avoir vécues, Barka étant la présidente actuelle de la
Croisée des Regards. Elles m’ont parlé du projet, de sa situation actuelle, des
perspectives d’évolution. Bref, cette discussion m’avait donné envie ne
serait-ce que d’aller voir ce lieu atypique. J’ai donc décidé de décaler mon
retour sur Nantes pour avoir le temps d’aller fouler de mes pieds le domaine de
Mayne Les Icards. Accompagnée de Titouan avec qui j’avais fait le chantier à Lafare,
j’ai donc passé quelques heures à discuter avec Alain (le fondateur et ancien
directeur de l’association), tout en découvrant les charmes de ce lieu, tout en
essayant de percevoir l’ambiance si singulière qui semblait y régner. Après
avoir décliné une invitation à déjeuner avec toute
l’équipée (la sncf ne m’attendrait pas), je suis repartie avec des papillons
dans le ventre, charmée par plein de je ne sais quoi.
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| Guido et Charlotte : le ptit déj du dimanche ! |
De retour à Nantes, après y avoir réfléchi au moins deux bons jours,
je proposais à l’association un volontariat de chargée de développement d’une
durée de trois mois. Quelques semaines après, l’association acceptait, ne
sachant pas très bien comment recevoir ma proposition, mais elle l’acceptait
quand même.
Voilà maintenant 6 semaines que je suis arrivée, pourtant, j’ai
l’impression d’être ici depuis des mois, et ce qui est sûr, c’est que des mois
vont s’écouler puisque j’ai décidé de rester ici jusqu’à l’été !
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| Barka et Charlotte dans la cuisine d’été. |
Oser dire non, oser dire
oui, oser les débats d’idées, oser se mettre à nu, oser perdre la face, oser
partager, oser perdre pied, oser penser autrement, oser crier son dégoût, oser
se confronter, oser faire un pas de côté, oser accueillir, oser s’étourdir,
oser refuser, oser se protéger, oser s’affirmer, oser se taire, oser partir,
oser se décentrer, oser coopérer, oser croire, oser rêver, oser résister !
ou comment la lecture d’un livre peut bouleverser votre vie.
Il y a quelques semaines, en allant acheter le deuxième numéro de la
revue photographique 6 mois (que je vous conseille vivement), mon regard s’est
fait happer par la tranche d’un livre pourtant bien engoncé entre ses pairs. On
pouvait y lire très distinctement le mot UTOPIE, de couleur orange sur papier
recyclé. A peine le livre entre mes mains, aussitôt la quatrième de couverture
dévorée, il est devenu mien, et je voudrais qu’il soit vôtre. Les sentiers de
l’utopie, c’est le récit de deux militants (artistes et chercheurs en sciences
humaines) qui décident de parcourir l’Europe durant un an, à la rencontre
d’initiatives post-capitalistes, des collectifs qui ont pour point commun de
vivre, produire, manger, apprendre, travailler, aimer, et décider autrement. Le
récit s’appuie sur les rencontres avec les personnes portant et défendant ces
projets, ainsi que sur des éléments historiques et théoriques qui mettent en perspectives l’expérience. L’auteur a une telle capacité à nous embarquer sur
ces sentiers que l’on ne peut que se sentir privilégié de découvrir ces lieux, de
rencontrer ces personnes, de rêver avec eux que d’autres voies sont possibles.
Vous serez ébahis devant les comportements et la manière de penser d’enfants scolarisés
dans une école anarchiste (Paideia), vous aurez envie de découvrir Can Masdeu
la prochaine fois que vous retournerez à Barcelone, vous vous imaginerez tout
plaquer pour devenir paysans (Landmatters, Cravirola, Longo maï) et puis
surtout vous serez plus chamboulé que jamais parce que la lecture de ce livre
vous donnera matière à réflexion et à actions, vous donnera foi en un avenir
qui sera émancipé, collectif, militant et sobre, ou bien ne sera pas. Mes amis
les plus proches rigoleront bien fort à la lecture de ce paragraphe dont j’ai
conscience (soyez rassurés) qu’il pourrait gagner le concours de mes grandes
envolées lyriques proutiennes ; et j’ai envie de vous dire, tant mieux !
Les sentiers de l’utopie, un livre-film d’Isabelle Fremeaux et John
Jordan. Chez ZONES, un label des éditions La découverte.
Les escapades
Marseille, les Cévènnes, le Mont Ventoux
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| L’ami Damien, mon ancien coloc, devant la Yourte à Lolo. |
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| Le Mont Ventoux |
Il y a quelques temps, j’avais un CDI, j’étais l’heureuse propriétaire
d’un appartement et j’étais amoureuse. J’avais en quelque sorte presque tout
pour être heureuse. Pourtant, étrangement, ce sont moins la sérénité et le bonheur
qui m’ont chatouillé l’âme que de solides angoisses. J’avais, je possédais,
j’accomplissais, comme d’habitude avec beaucoup d’énergies, la croyance de bien
faire, l’illusion d’être libre et émancipée. Je consommais les fringues comme
les spectacles, une boulimie effrénée visant à combler cette perte de sens
qu’engendre la société capitaliste individualiste.
Entre avoir et être j’affirme aujourd’hui vouloir être. Cette prise de
conscience est le fruit d’un processus qui s’est étalé sur trois ans : de la
reprise de mes études à cette quête du faire et être autrement ; plus en avant,
c’est bien évidemment des rencontres et des débats d’idées.
Pendant ces trois ans, j’ai ressenti le besoin de prendre du recul
avec mon milieu professionnel, j’ai évité l’engagement, je me suis investi dans
différentes associations, j’ai commencé à manger moins de viande, j’étais une
heureuse amapienne, j’ai revendu mon appartement, je me suis remise en
colocation et puis surtout par voie de conséquences mon réseau social a mué,
mon rapport à l’autre évolué et j’ai fait de superbes rencontres.
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| Croquer la pomme -) |
C’est bien dans la continuité et non dans la rupture que mon envie
d’ailleurs a émergé. Cet ailleurs aurait pu être un simple copié collé de mon
ancienne vie si j’étais partie à Toulouse (ou pas, on ne le saura pas pour
l’heure), pour autant, ce n’est pas le choix que j’ai fait, et j’en suis heureuse.
Alors, plus que de revenir de loin, l’important c’est maintenant d’y aller !
Je suis libre de mes choix personnels et de mes propositions à
l’association. Il s’agit donc désormais de passer à l’action :
professionnellement et personnellement.
Je/nous sommes habitués aux cadres, aux missions voir même aux
obligations. Lorsque tout devient possible, c’est de la liberté que naissent
les vertiges.
To be continued...